“Lors de mes pre­miers dî­ners, je n’étais pas à l’aise”

Fleur Pel­le­rin, an­cienne mi­nistre de la Cul­ture, ma­gis­trate à la Cour des Comptes

L'Obs - - Grands Formats -

« J’ai été adop­tée à l’âge de 6 mois. Ma mère ve­nait d’un mi­lieu très mo­deste : ma grand-mère était femme de chambre ; mon grand-père, chauf­feur de poids lourds. Elle a dû ar­rê­ter ses études à l’âge de 14 ans et en a nour­ri une grande frus­tra­tion. Très tôt, elle a tra­vaillé comme se­cré­taire. Mon père a hy­po­thé­qué la mai­son quand il a mon­té sa boîte. Ma mère, alors, n’ache­tait pas de viande en se­maine et comp­tait l’ar­gent. Nous em­prun­tions les livres à la bi­blio­thèque plu­tôt que de les ache­ter. En re­vanche, j’ai pu faire du pia­no dès l’âge de 5 ans. Ma mère por­tait une forte at­ten­tion à mes résultats sco­laires. Sans doute avec une as­pi­ra­tion de re­vanche so­ciale. Quand je suis en­trée à Sciences-Po, je n’avais ja­mais vu un énarque de ma vie. A l’Ena, on nous a fait ache­ter un ma­nuel de sa­voir-vivre pour nous pré­pa­rer aux stages en am­bas­sade ou en pré­fec­ture. Lors de mes pre­miers dî­ners, je n’étais pas à l’aise. Mon ma­ri aus­si est énarque et lui aus­si est un trans­classe. Ses pa­rents n’ont pas le bac. Ma grand­mère m’a vue en­trer au gou­ver­ne­ment en re­gar­dant BFMTV. Pour elle, c’était in­ima­gi­nable ! Notre pays per­met ça : un par­cours ré­pu­bli­cain de mé­ri­to­cra­tie. »

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