Sa­diq Khan

Tra­vailliste, mu­sul­man, fils d’im­mi­grés pa­kis­ta­nais, il vient d’être élu maire de Londres, avec 57% des voix

L'Obs - - Le Sommaire - SA­RAH HALIFALEGRAND

1

“WORKING CLASS HERO” Pas une in­ter­view, pas un tract où Sa­diq Khan ne rap­pelle ses ori­gines mo­destes de fils d’im­mi­grés pa­kis­ta­nais. Né en 1970, il a été éle­vé dans une HLM avec ses six frères et sa soeur, par un père qui condui­sait un bus à im­pé­riale et une mère cou­tu­rière. Une école de la vie : « J’étais pile au mi­lieu. Je n’étais pas le plus fort, mais j’étais le né­go­cia­teur le plus ha­bile. »

2

MU­SUL­MAN A son en­trée au gou­ver­ne­ment, le jeune mi­nistre prête ser­ment sur son propre exem­plaire du Co­ran, Bu­ckin­gham n’en pos­sé­dant pas. Sa­diq Khan est un mu­sul­man pra­ti­quant, ce qui ne l’em­pêche pas de se pro­non­cer pour le ma­riage gay, de re­gret­ter l’« in­ac­cep­table image an­ti-juifs » du Par­ti tra­vailliste ou de faire cam­pagne pour sau­ver un pub. Ac­cu­sé par les conser­va­teurs d’en­tre­te­nir des liens avec des « ex­tré­mistes », il ré­torque qu’il est au contraire le mieux pla­cé pour « com­battre le can­cer » de la ra­di­ca­li­sa­tion.

3

TOOTING Bou­che­ries ha­lal, ma­ga­sins de sa­ris, épi­ce­ries in­diennes et lo­ge­ments so­ciaux : c’est à Tooting, le « pe­tit Pa­kis­tan » au Sud de Londres que Sa­diq Khan a gran­di. C’est là qu’il a été élu dé­pu­té en 2005, réé­lu en 2010 et 2015. Il y vit tou­jours avec sa femme, avo­cate, et leurs deux filles.

4

HOMME D’AP­PA­REIL Le La­bour, c’est sa se­conde fa­mille. Tra­vailliste de­puis l’âge de 15 ans, il a gra­vi un à un les éche­lons du par­ti : conseiller mu­ni­ci­pal à 24 ans, dé­pu­té à 34, mi­nistre à 38. Il ob­tient le por­te­feuille des Transports dans le gou­ver­ne­ment de Gor­don Brown. Dans le « ca­bi­net fan­tôme » de l’ex-chef du La­bour, Ed Mi­li­band, il est en­suite char­gé de la Jus­tice puis de la Ville de Londres.

5

NI BLAIR NI CORBYN An­ti-Brexit, pro-bu­si­ness, c’est un prag­ma­tique qui na­vigue ha­bi­le­ment au La­bour à égale dis­tance de Blair le li­bé­ral et de Corbyn le ra­di­cal. Ses faits d’armes : il s’est op­po­sé à Tony Blair sur l’al­lon­ge­ment de la dé­ten­tion pour les sus­pects de ter­ro­risme et sur la guerre d’Irak et, s’il a don­né son par­rai­nage au lea­der tra­vailliste Je­re­my Corbyn à l’été 2015 lors de la pri­maire du par­ti, il n’a pas vo­té pour lui. A peine élu à la mai­rie de Londres, il a d’ailleurs contes­té sa stra­té­gie à la tête du La­bour.

6

MEN­TOR « Quand j’ai été élu dé­pu­té en 2005, j’ai ren­con­tré Tony Blair et Gor­don Brown, et je n’ai pas été im­pres­sion­né. Mais quand j’ai ren­con­tré Neil Kin­nock, je n’ai pas réus­si à sor­tir un mot. » La seule « fi­gure tu­té­laire » qu’il se re­con­naisse est donc un lo­ser : Kin­nock, qui a di­ri­gé le par­ti tra­vailliste de 1983 à 1992, a échoué à ra­me­ner le La­bour au pou­voir. Mais Khan consi­dère que ce­lui qui a com­men­cé à re­po­si­tion­ner au centre le par­ti « a re­mis le La­bour sur la tra­jec­toire du pou­voir ».

7

LONDONIEN « L’his­toire de Sa­diq Khan est une his­toire de Londres. » Le nou­veau maire se re­ven­dique comme l’em­blème de la ca­pi­tale, de son mul­ti­cul­tu­ra­lisme, de ses suc­cess sto­ries. Il s’est don­né pour mis­sion de rendre à la ville ce qu’elle lui a don­né. Pour que « les Lon­do­niens aient les mêmes op­por­tu­ni­tés » que lui, il pro­met de s’at­ta­quer à deux maux prin­ci­paux : les loyers stra­to­sphé­riques et les ta­rifs des transports en com­mun.

8

BOXEUR Ce com­pé­ti­teur a mor­du la pous­sière pour en ar­ri­ver là. On peut en­core le croi­ser au club de boxe ama­teur d’Earls­field, où, en­fant, il s’exer­çait à ri­pos­ter à ceux qui le trai­taient de « Pa­ki ». Dans ma fa­mille, « tout le monde boxe, et ça donne confiance en soi si on se re­trouve agres­sé dans la rue ».

9

DROITS DE L’HOMME Un pro­fes­seur lui a dit un jour : « Tu dis­cutes tou­jours tout. Pour­quoi ne se­rais-tu pas avo­cat plu­tôt que den­tiste? » Le ga­min de­vient avo­cat spé­cia­li­sé dans les droits de l’homme pour « dé­fendre les lais­sés-pour-compte » et pré­side pen­dant trois ans l’ONG Li­ber­ty. Il se re­trouve à plai­der pour « des in­di­vi­dus ré­pu­gnants », dont des is­la­mistes ra­di­caux, « car même les pires ont le droit d’être dé­fen­dus ».

10

CONQUÉ­RANT En 2010, Sa­diq Khan di­rige la cam­pagne d’Ed Mi­li­band, qui brigue la tête du La­bour : ce der­nier gagne face à son frère Da­vid, pour­tant fa­vo­ri. En mai 2015, c’est lui qui conduit la cam­pagne des lé­gis­la­tives à Londres pour le Par­ti tra­vailliste : le La­bour, bat­tu à plates cou­tures au ni­veau na­tio­nal, en­re­gistre dans la ca­pi­tale son meilleur score de­puis 1971. En sep­tembre der­nier, il crée de nou­veau la surprise en em­po­chant l’in­ves­ti­ture tra­vailliste pour l’élec­tion mu­ni­ci­pale de Londres face à la fa­vo­rite, la blai­riste Tes­sa Jo­well. Khan a la baraka! Londres pour­rait ne pas être

sa der­nière vic­toire.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.