“Pa­na­ma pa­pers” : Al­modó­var s’ex­plique

L'Obs - - Spécial Cannes - P. M.

La sor­tie de « Ju­lie­ta » en Es­pagne, le 8 avril, s’est trou­vée contra­riée par la ré­vé­la­tion, quelques jours au­pa­ra­vant, de la pré­sence des noms du ci­néaste et de son frère et pro­duc­teur, Agustín, dans les « Pa­na­ma pa­pers ». La pres­sion mé­dia­tique qui s’en est sui­vie a conduit Al­modó­var à re­non­cer à as­sis­ter à l’avant-pre­mière du film, le 5 avril, et à an­nu­ler sa confé­rence de presse du 6 ain­si que tous les en­tre­tiens pré­vus avec la presse. Pour « l’Obs », il a ac­cep­té d’évo­quer cette a aire. Mon frère et moi avons été, en e et, les fon­dés de pou­voir d’une so­cié­té o shore créée en 1991. A cette époque, notre com­pa­gnie de pro­duc­tion, El De­seo, se dé­ve­lop­pait consi­dé­ra­ble­ment et nous re­ce­vions beau­coup de pro­po­si­tions pour pro­duire et/ou réa­li­ser des films à l’étran­ger. C’est alors qu’un conseiller a re­com­man­dé à Agustín de créer une so­cié­té, la­quelle n’a ja­mais été ac­tive et a ces­sé d’exis­ter au bout de trois ans, en 1994. J’ai ap­pris l’exis­tence de cette so­cié­té en avril der­nier, lorsque l’a aire des « Pa­na­ma pa­pers » a écla­té. Cette ré­vé­la­tion fut un choc pour moi et je consi­dère qu’en cette cir­cons­tance mon frère a com­mis une faute. C’est ce que je lui ai dit, et aus­si que, mal­gré ce­la, ma confiance en lui de­meure en­tière. Que j’en aie tout igno­ré n’est pas une ex­cuse, je ne cherche pas à me dis­cul­per. Nous ne sommes pas mis en cause lé­ga­le­ment ou ju­ri­di­que­ment, mais la ques­tion mo­rale me pré­oc­cupe gra­ve­ment. J’ai tou­jours re­fu­sé de tour­ner à l’étran­ger, la culture et la langue de mes films sont les miennes. J’ai tou­jours été de gauche et je le suis en­core. Je pour­rais ajou­ter que la lé­gis­la­tion es­pa­gnole en 1991 était di érente de ce qu’elle est main­te­nant et que je suis cer­tain qu’au­jourd’hui Agustín n’ac­cep­te­rait en au­cun cas la re­com­man­da­tion de ce conseiller, mais là n’est pas la ques­tion : je suis ab­so­lu­ment op­po­sé à l’exis­tence de toutes ces en­tre­prises opaques, que je pense être à l’ori­gine de la crise éco­no­mique que nous tra­ver­sons, mais aus­si de ces tra­gé­dies que sont le blan­chi­ment de la drogue et le fi­nan­ce­ment du ter­ro­risme. Si la ré­vé­la­tion des « Pa­na­ma pa­pers » a pour e et, comme je l’es­père, de conduire à la dis­pa­ri­tion com­plète des paradis fiscaux, alors cette ré­vé­la­tion au­ra été une ex­cel­lente chose.

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