PAR JÉ­RÔME GARCIN

L'Obs - - Critiques - J. G.

De toutes les édi­tions du Fes­ti­val de Cannes, la pre­mière, en 1939, fut la plus ou­ver­te­ment éthique et po­li­tique. Pour son pré­sident, le mi­nistre du Front po­pu­laire Jean Zay, qui al­lait être as­sas­si­né par la mi­lice de Vi­chy cinq ans plus tard, il s’agis­sait en e et de contrer la fas­ci­sante Mos­tra de Ve­nise, inau­gu­rée par Goeb­bels et gou­ver­née par Mus­so­li­ni. Et afin que Cannes de­vînt le fes­ti­val des dé­mo­cra­ties contre ce­lui des dic­ta­tures, les Amé­ri­cains et les Bri­tan­niques avaient boy­cot­té l’Italie et ré­ser­vé à la France leurs films et leurs stars. Hol­ly­wood a ré­ta même, en août, un pa­que­bot pour ache­mi­ner, de­vant le Casino mu­ni­ci­pal, Ty­rone Po­wer, Ca­ry Grant, Ga­ry Coo­per ou Ju­dy Gar­land. Dans la com­pé­ti­tion, il y avait « le Ma­gi­cien d’Oz » de Vic­tor Fle­ming, « Pa­ci­fic Ex­press » de Ce­cil B. DeMille, « l'En­fer des anges » de Ch­ris­tianJaque, « la Char­rette fan­tôme » de Ju­lien Du­vi­vier, mais aus­si « Lé­nine en 1918 », de Mi­khail Romm. Des dî­ners de l’Elé­gance et des ga­las py­ro­tech­niques étaient pro­gram­més. L’a che avait été des­si­née par le peintre Jean-Ga­briel Do­mergue. Et Louis Lu­mière en per­sonne, dé­si­gné pré­sident d’hon­neur, de­vait inau­gu­rer, avec Jean Zay, cette fête du ci­né­ma, le 1er sep­tembre 1939. Mais, ce jour-là, la Wehr­macht en­va­hit la Po­logne. Le fes­ti­val mou­rut en nais­sant. La guerre dé­trui­sit le royaume de l’ima­gi­na­tion. Merci à Oli­vier Loubes de res­sus­ci­ter, avec « Cannes 1939 » (Ar­mand Co­lin, 22 eu­ros), le fes­ti­val qui n’eut ja­mais lieu et de don­ner, au sep­tième art, le der­nier mot. Beau tra­vail d’his­to­rien, mais aus­si ré­pa­ra­tion mo­rale.

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