Qua­rante ans de la vie d’une femme

LES GENS HEU­REUX N’ONT PAS D’HIS­TOIRE, PAR ÉLOÏSE LIÈVRE, JC LATTÈS, 300 P., 18 EU­ROS.

L'Obs - - Critiques - VÉ­RO­NIQUE CASSARIN-GRAND

Eloïse Lièvre (pho­to) inau­gure un dis­po­si­tif au­to­bio­gra­phique ori­gi­nal. Elle a construit son livre comme un « ca­len­drier de l’Avent », où elle com­mente, pen­dant les qua­rante jours pré­cé­dant son qua­ran­tième an­ni­ver­saire, une pho­to d’elle par an­née, du bé­bé de quelques jours au pre­mier « sel­fie » de la femme, de l’épouse et de la mère qu’elle est de­ve­nue. Ce qu’elle est al­lée re­cher­cher dans les al­bums de fa­mille, ce sont des preuves de son exis­tence, de quoi ras­sem­bler les sou­ve­nirs pour en­rayer l’in­évi­table « tue­rie à pe­tit feu de ne rien re­te­nir ». Chaque an­née est un monde re­vi­si­té où sa mé­moire brode à pe­tites touches d’ima­gi­naire poé­tique la trame du temps en­fui. Chaque pho­to­gra­phie est une étape de la ma­tu­ra­tion qui s’opère en se­cret et dont elle dé­cor­tique les rouages. Il n’y a rien d’ex­cep­tion­nel dans la vie d’Eloïse Lièvre, si ce n’est qu’elle a été éle­vée dans une fa­mille unie où « Dieu n’avait pas le droit ». Une des clés pos­sibles pour com­prendre sa ma­nière obs­ti­née de chercher un sens à cette his­toire dont elle se sent par­fois l’hé­roïne dé­pos­sé­dée. « Je ne m’ha­bi­tue pas. Comment s’ha­bi­tuer à l’étran­ge­té lente, poi­gnante, bou­le­ver­sante, sans pos­sible re­tour, de la dis­pa­ri­tion ? »

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