Un pa­quet de Ka­mel

MEURSAULT, CONTRE-EN­QUÊTE, PAR KA­MEL DAOUD, BA­BEL, 154 P., 6,80 EU­ROS.

L'Obs - - Critiques - DA­VID CAVIGLIOLI

« Meursault, contre-en­quête » a sans doute été le ro­man le plus cé­lé­bré de l’an­née der­nière. Son au­teur, Ka­mel Daoud (pho­to), est un in­tré­pide jour­na­liste al­gé­rien qui ne choi­sit pas son camp : il dé­nonce les mi­li­taires et les is­la­mistes, le ré­gime cor­rom­pu et la so­cié­té ré­tro­grade, le gâ­chis de l’in­dé­pen­dance et le crime de la co­lo­ni­sa­tion. Dans ce pre­mier ro­man, il s’at­taque à un mo­nu­ment franco-al­gé­rien : il donne une suite à « l’Etran­ger », le chef-d’oeuvre pied-noir. Une suite sa­cri­lège. Voi­ci comment Daoud ré­sume le livre de Ca­mus, qui avec son pe­tit ab­sur­disme dé­pres­sif est ra­me­né à son statut de co­lon : « Un homme qui sait écrire tue un Arabe qui n’a même pas de nom. » Il vide le meurtre de Meursault du sens que lui don­nait Ca­mus et lui en donne un autre, ce­lui d’une spo­lia­tion. Le nar­ra­teur, frère de l’Arabe as­sas­si­né, ré­vèle le nom du mort – Mous­sa. Il ré­cu­père la pa­role, et rend pos­sible un ré­cit al­gé­rien de l’Al­gé­rie, li­bé­ré de la tu­telle du père Al­bert. Tout ça, c’est dans le pre­mier cha­pitre, quinze pages pro­di­gieuses, noces re­belles du ro­man et de la po­li­tique. Le reste du livre, en re­vanche, est d’un en­nui mor­tel.

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