Ma­rie-An­toi­nette sur le di­van

Dans ce ro­man bio­gra­phique, Ch­ris­tine Or­ban dé­voile les traits d’“une femme de ca­rac­tère, cou­ra­geuse et d’une di­gni­té exem­plaire” CHARMER, S’ÉGARER ET MOU­RIR, PAR CH­RIS­TINE OR­BAN, AL­BIN MI­CHEL, 290 P., 19,50 EU­ROS.

L'Obs - - Critiques - VIRGINIE CRESCI

Qui était vrai­ment Ma­rie-An­toi­nette (gra­vure ci-contre en 1773) ? Pas l’épouse in­sa­tis­faite de Louis XVI ni la der­nière reine de l’An­cien Ré­gime, guillo­ti­née place de la Ré­vo­lu­tion, « l’autre Ma­rie-An­toi­nette », celle que Ch­ris­tine Or­ban sur­nomme M. A. Der­rière la reine, Or­ban cherche la femme. Elle se fait la confi­dente de celle qu’elle ren­contre, à 20 ans, dans la fa­meuse bio­gra­phie de Zweig. M. A. ne la fas­cine pas, elle l’ob­sède. Cette reine hu­mi­liée, ac­cu­sée de se com­plaire dans le luxe et l’opu­lence, elle veut lui « rendre jus­tice ». « Ma­rieAn­toi­nette est une star née sous une mau­vaise étoile », écrit Ch­ris­tine Or­ban, qui la com­pare à Ma­ri­lyn et Dia­na, mortes comme elle avant d’avoir 40 ans. « La pre­mière reine du gla­mour » est vic­time de sa sé­duc­tion et des ru­meurs qui courent. Son statut de reine est un piège dans le­quel la « femme-en­fant » peu culti­vée tombe trop vite. L’im­puis­sance sexuelle de son ma­ri, sa liai­son avec le comte sué­dois von Fer­sen, son goût pour le jeu, les sor­ties noc­turnes qui viennent trom­per l’en­nui de la cour, « tout porte à lui nuire ». Elle de­vien­dra le bouc émis­saire d’un peuple las­sé de « l’ordre éta­bli par grand-père Roi-So­leil », je­tant son « in­fa­ti­gable haine » contre une reine qui ne vou­lait pas l’être.

« Elle ne sut que charmer, égarer et mou­rir », écrit La­mar­tine. C’est à par­tir de cette phrase que Ch­ris­tine Or­ban tisse son ro­man. « Une reine qui n’a pas su vivre mais qui sau­ra mou­rir. » Mon­tant sur l’écha­faud en bas de soie « avec lé­gè­re­té et promp­ti­tude », elle s’ex­cuse au­près de son bour­reau, pour lui avoir mar­ché sur le pied, et, avant de lui tendre sa tête, laisse tom­ber son sou­lier dans un der­nier geste de li­ber­té.

L’au­teur, pas­sion­née de psy­cha­na­lyse, trouve en Ma­rieAn­toi­nette « la pa­tiente idéale ». Si la pre­mière par­tie du ro­man, comme celle de la vie de « la pou­pée pom­pon­née », res­semble da­van­tage à la luxu­riante Ma­rie-An­toi­nette de So­fia Cop­po­la, la deuxième ré­vèle l’écri­ture mo­derne et com­pa­tis­sante de Ch­ris­tine Or­ban. Trans­por­tée par son per­son­nage, elle sou re avec elle, se glis­sant dans sa tête avant que celle-ci ne soit cou­pée. Or­ban fait de la reine une femme.

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