MA LOUTE PAR BRU­NO DU­MONT

L'Obs - - Critiques - PAS­CAL MÉ­RI­GEAU

Co­mé­die fran­çaise, avec Fa­brice Lu­chi­ni, Ju­liette Bi­noche, Va­le­ria Bru­ni Te­des­chi, Raph, Bran­don La­vie­ville (2h05).

Le film de Bru­no Du­mont va faire hur­ler. De rage ou de rire. C’est que l’au­teur de « l’Hu­ma­ni­té » et de l’ir­ré­sis­tible « P’tit Quin­quin » pousse loin le bou­chon. Très loin, même. Dans ses ha­bi­tuels pay­sages du Nord, que les images su­bliment dans les tons des cartes pos­tales de ja­dis, il y a la fa­mille Van Pe­te­ghem, le père (Fa­brice Lu­chi­ni), sa femme (Va­le­ria Bru­ni Te­des­chi), sa soeur (Ju­liette Bi­noche) et les en­fants. Et non loin de la villa où les Van Pe­te­ghem passent leurs va­cances bour­geoises, il y a les Bru­fort, des ra­mas­seurs de moules qui ne se nour­rissent pas ex­clu­si­ve­ment de pro­duits de la mer. Il y a aus­si un ins­pec­teur de po­lice mons­trueu­se­ment gros, qui en­quête sur de mys­té­rieuses dis­pa­ri­tions d’es­ti­vants. Mais que se pas­se­rait-il si un des fils Bru­fort, ga­min de 17 ans ap­pe­lé « Ma Loute » (Bran­don La­vie­ville, inou­bliable), et une fille Van Pe­te­ghem, Billie (Raph), s’amou­ra­chaient l'un de l'autre? Ce ne se­rait pas simple, mais c’est en­core plus com­pli­qué. Voi­là du ci­né­ma or­gueilleu­se­ment mal éle­vé, qui a l’air de se foutre de tout, mais fonc­tionne avec une ré­gu­la­ri­té d’hor­loge. Ici, cha­cun se montre à son meilleur : Lu­chi­ni s’amuse avec son per­son­nage au­quel il donne tan­tôt la voix de Jou­vet tan­tôt le dé­bit de Dar­ry Cowl, Ju­liette Bi­noche semble en­fin li­bé­rée du sou­ci de sa propre image, et Va­le­ria Bru­ni Te­des­chi ap­porte un de ces contre­points dont le film se nour­rit sans re­lâche. A tra­vers le re­gard por­té par la bonne des Van Pe­te­ghem se des­sine le por­trait de cette fa­mille de ta­rés, de même que le monde des pê­cheurs s’éclaire à la lu­mière des to­cades de l’énig­ma­tique Billie. La mé­ca­nique du co­mique tourne à plein, et rap­pelle que la co­mé­die s’ap­pa­rente à l’aris­to­cra­tie du ci­né­ma. Seuls les grands ci­néastes sont dignes de la ser­vir et savent que la mo­der­ni­té ne s’épa­nouit que dans les sillons creu­sés par les pion­niers.

Au pre­mier plan, « Ma Loute » (Bran­don La­vie­ville) et Billie (Raph).

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