Un couple de rêves

Mal­me­nés par la vie, Ma­rie-Claude et Alain ont em­bel­li leur quo­ti­dien en s’in­ven­tant d’autres des­tins. Une vie ima­gi­naire qu’ils ont mise en scène pour le pho­to­graphe Fla­vio Tar­qui­nio. Triste et beau à la fois

L'Obs - - Le Sommaire - FLA­VIO TAR­QUI­NIO PAUL QUINIO

Elle s’ap­pe­lait Ma­rie-Claude, « Ma­rie » tout court pour ceux qui l’ai­maient. Lui, Alain. Et il l’ai­mait. « Rêves, gloire et pas­sion », le tra­vail du pho­to­graphe Fla­vio Tar­qui­nio (1), ra­conte leur vie de déshé­ri­tés à Wa­zemmes, un quar­tier po­pu­laire de Lille, et leur his­toire d’amour « épi­der­mique, ex­clu­sive, pas­sion­née ». Une vie en noir et blanc au quo­ti­dien, en cou­leur pour cette exis­tence qu’ils se sont in­ven­tée. Ma­rie et Alain se sont ren­con­trés dans les an­nées 1980. « La vie nous at­ti­rait comme un ai­mant », se sou­vient Alain. A par­tir de ce jour-là, « nous étions en­semble. Notre vie com­men­ça ». Leur coup de foudre avec Fla­vio Tar­qui­nio a lieu, lui, en 1989, dans le bar que le couple fré­quen­tait. « Je les ai tout de suite re­mar­qués. Leur fa­çon d’ex­pri­mer leurs émo­tions, leur éner­gie ca­pable du meilleur comme du pire. Leur monde était fait d’ami­tiés, de fêtes, de fra­ter­ni­té, mais aus­si de tra­hi­sons, de fu­reur et de cruau­té. » Fla­vio Tar­qui­nio pé­nètre leur quo­ti­dien et leur ima­gi­naire. Il de­vient leur ami. Fait des images sans idée pré­cise. Puis, un soir, Ma­rie, qui dé­sire de­puis long­temps se mettre dans la peau d’une femme fa­tale, de­mande au pho­to­graphe de ve­nir avec son ma­té­riel. « Ce soir-là, c’est elle qui a dé­ci­dé de nous faire bas­cu­ler… » Ma­rie en femme fa­tale donc ; puis en si­rène ; Ma­rie et Alain re­jouant « Pé­pé le Mo­ko » ; Ma­rie, Alain et un de leurs amis dans « la Pas­sion du Ch­rist » ; Alain en ro­cker. Ma­rie et Alain qui re­créent leur ma­riage, cé­lé­bré en vrai quelques mois plus tôt. A chaque fois, ils ima­ginent une scène, bri­colent un dé­cor, des cos­tumes, avec les moyens du bord. Fla­vio Tar­qui­nio a en­re­gis­tré leurs com­men­taires. « On est tom­bé d’ac­cord pour faire ces pho­tos et voi­là, dit Alain. Ça fait plai­sir d’avoir des images aus­si belles. Là, on se dit qu’on était quand même des ve­dettes. Quand je re­garde tout ça, le rêve a été fait ; la gloire, on l’a quand on voit ces pho­tos ; la pas­sion, c’est ce qu’on a ima­gi­né, ce qu’on a vou­lu créer pour s’éva­der. Pour, en fin de compte, sor­tir du réel. » Et par­ta­ger les rêves qui les unis­saient, lui et Ma­rie, « cette jo­lie pe­tite femme qui ai­mait la vie, peut-être à cause de tous les dé­boires qu’elle a connus ». C’est Alain, bien sûr, qui le dit.

(1) Le tra­vail de Fla­vio Tar­qui­nio est ex­po­sé jus­qu’au 22 mai à Ima­geSin­gu­lières, le 8e ren­dez-vous pho­to­gra­phique de Sète. Il est éga­le­ment pu­blié sur son site, fla­vio­tar­qui­nio.com/r

Ma­rie-Claude et Alain, fans de Ga­bin, re­jouent « Pé­pé le Mo­ko », le film de Ju­lien Du­vi­vier.

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