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CA­FÉ SO­CIE­TY, PAR WOO­DY AL­LEN. CO­MÉ­DIE AMÉ­RI­CAINE, AVEC JESSE EISENBERG, KRIS­TEN STE­WART, BLAKE LIVELY, STEVE CARELL (1H25).

L'Obs - - Le Sommaire - FRAN­ÇOIS FORESTIER

C’est du Woo­dy Al­len pur : un dé­lice de ré­pliques drôles, de si­tua­tions in­at­ten­dues, de ren­contres in­opi­nées, de sen­ti­ments lé­gè­re­ment amers. L’une des co­mé­dies les plus réus­sies de notre Woo­dy de­puis… de­puis quand, au fait ? Tout com­mence à Hol­ly­wood dans les an­nées 1930. Bob­by, ga­min juif du Bronx, fils d’un joaillier mi­nable, frère d’un gang­ster bru­tal, dé­barque en Ca­li­for­nie dans l’es­poir de trou­ver un job. Mal­trai­té par son oncle im­pré­sa­rio, Bob­by (Jesse Eisenberg, pho­to) se hisse pe­tit à pe­tit dans le monde du ci­né­ma, et tombe amou­reux d’une ra­vis­sante se­cré­taire, Von­nie (Kris­ten Ste­wart, pho­to). La­quelle n’est pas libre. Se­crè­te­ment, elle en­tre­tient une liai­son avec l’oncle (Steve Carell). Le coeur bri­sé, Bob­by re­vient à New York, ouvre une boîte de nuit, Les Tro­piques, et de­vient le roi de la nuit à Man­hat­tan. Un jour, Von­nie vient y prendre un verre, avec son ma­ri. Elle est plus belle que ja­mais…

On re­trouve l’am­biance Woo­dy Al­len : les jeux du coeur de « Co­mé­die éro­tique d’une nuit d’été », la mer­veilleuse mé­lan­co­lie de « Ra­dio Days », les ma­chi­na­tions de « Coups de feu sur Broad­way ». Quand la ma­man juive de Bob­by se la­mente parce que l’un de ses fils, truand, a mal tour­né (il est de­ve­nu ca­tho­lique!), c’est ir­ré­sis­tible. Quand on en­tend qu’il faut pro­fi­ter de chaque jour comme si c’était le der­nier – sauf qu’un jour, zut de zut, c’est vrai­ment le der­nier – c’est plus drôle qu’un apho­risme d’On­fray. Et quand les deux amants fêtent le Nou­vel An dans deux en­droits di érents, une tris­tesse poi­gnante au coeur, c’est ma­gni­fique. Pour son 46e film, Woo­dy Al­len at­teint, dans sa mise en scène, une quié­tude ser­vie par des images d’une rare beau­té de Vit­to­rio Sto­ra­ro (le di­rec­teur pho­to du « Der­nier Em­pe­reur » et de « Lit­tle Bud­dha »). Che­min fai­sant, Woo­dy Al­len règle ses comptes avec Hol­ly­wood, « un lieu où même les pou­belles sont dé­co­ra­tives », et, avec ten­dresse, s’amuse à dé­peindre son pe­tit cirque per­son­nel : une pros­ti­tuée pleure parce qu’elle est re­je­tée, un voyou convainc ses in­ter­lo­cu­teurs de l'écou­ter en les je­tant dans une fosse à bé­ton, un pa­pa se dé­sole que la re­li­gion juive ne pré­voie pas un paradis (« On au­rait plus de clients »). A la fin, le so­leil se lève, et il ne reste que le rire et les larmes. C’est là qu’Al­len est grand et que Woo­dy est son pro­phète.

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