SOR­TIR

GRISÉLIDIS, D’APRÈS LES TEXTES ET IN­TER­VIEWS DE GRISÉLIDIS RÉ­AL. CRÉÉ AU STU­DIO DE LA CO­MÉ­DIE-FRAN­ÇAISE, LE SPEC­TACLE SE­RA RE­PRIS AU THÉÂTRE JEAN-VILAR DE SURESNES (01-46-97-98-10), LES 17 ET 18 MAI ET AU THÉÂTRE DU PE­TIT LOUVRE À AVI­GNON DU 8 AU 30 JUILL

L'Obs - - Le Sommaire - JACQUES NERSON

Quelques se­maines après l’adop­tion de la pé­na­li­sa­tion des clients de pros­ti­tuées par nos par­le­men­taires, les dé­pu­tés l’em­por­tant sur les sé­na­teurs, Co­ra­ly Za­ho­ne­ro (ci-dessus), ho­no­rable so­cié­taire de la Co­mé­dieF­ran­çaise, fait op­por­tu­né­ment ré­en­tendre le son de cloche de Grisélidis Ré­al. Dis­pa­rue voi­ci une di­zaine d’an­nées, cette cour­ti­sane hel­vé­tique que l’écri­vain et jour­na­liste Jean-Luc Hen­nig a beau­coup contri­bué à faire connaître s’est bat­tue toute sa vie pour amé­lio­rer la con­di­tion de ses soeurs d’in­for­tune.

Libre de proxé­nète, se pros­ti­tuant de son plein gré, elle était hor­ri­fiée par les tra­fi­quants de chair hu­maine qui jettent les filles sur le trot­toir en me­na­çant de s’en prendre à leurs proches ou en les dé­rouillant, mais elle en­ten­dait bien ne pas être confon­due avec elles. Oh ! faire la pu­tain n’est pas une si­né­cure et son té­moi­gnage ne res­sor­tit pas aux contes bleus. Il faut l’en­tendre ra­con­ter sa passe avec un nain pour­vu d’une bosse et d’une in­sa­tiable faim de dou­ceur… Car se­lon elle les plus à plaindre dans cette his­toire sont les mecs : frus­trés, com­plexés, in­hi­bés par des com­pagnes bé­gueules, contraints par l’âge, les dis­grâces de la na­ture ou la ti­mi­di­té, d’en pas­ser par les amours ta­ri­fées. Grisélidis ne fait pas le coup de la pu­tain au grand coeur : si elle consi­dère que sa mis­sion est de ré­con­for­ter les hommes, de mettre du baume sur leurs plaies, elle sait aus­si leur te­nir la bride haute, cer­tains mi­che­tons ayant une fâ­cheuse ten­dance à se ven­ger de leurs hon­nêtes femmes sur les femmes de mau­vaise vie. Ceux-là ont vite fait de vous étran­gler…

Tout n’est pas de même qua­li­té dans les textes de Grisélidis. Il lui ar­rive de don­ner dans le genre noble quand elle a le bé­guin pour un type. Par bon­heur, ça n’ar­rive pas tous les jours. Le reste du temps, elle prouve qu’on peut louer son corps sans vendre son âme. « Fé­roce et gé­né­reuse » sui­vant son con­seil, ne ver­sant ja­mais dans le pit­to­resque (ex­cep­té un zeste d’ac­cent suisse et un ma­quillage ap­puyé), Co­ra­ly Za­ho­ne­ro prête à Grisélidis un timbre de voix cu­rieu­se­ment en­fan­tin. A un mo­ment du spec­tacle, elle crie. Sou­dain un ani­mal sau­vage cra­chant de peur et de co­lère feule dans sa cage. Et l’on en­tend les san­glots ré­pri­més par Grisélidis. Con­so­le­ra-t-on ja­mais le cha­grin des filles de joie ?

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