To­bias Reh­ber­ger

Pour ses 40 ans, le ma­ro­qui­nier de luxe al­le­mand MCM s’est of­fert le gé­nie du plus vi­sion­naire de ses com­pa­triotes. Le plas­ti­cien ap­porte une touche gra­phique à la col­lec­tion

L'Obs - - Le Sommaire - — par LAURIANNE MELIERRE

QUI EST IL ?

Cer­tai­ne­ment l’un des ar­tistes contem­po­rains les plus po­ly­va­lents de sa gé­né­ra­tion. Tou­jours le sou­rire aux lèvres, To­bias Reh­ber­ger pro­mène de­puis les an­nées 1990 son re­gard éclai­ré sur tous les grands do­maines plas­tiques, pas­sant al­lè­gre­ment de la sculp­ture à la per­for­mance, ou de l’ar­chi­tec­ture au gra­phisme, écla­bous­sant d’un dy­na­misme cer­tain la fi­gure clas­sique de l’ar­tiste. Pour le ma­ro­qui­nier de luxe MCM, l’Al­le­mand de 49 ans ose d’ailleurs se frot­ter pour la pre­mière fois à la mode, qu’il in­tègre vo­lon­tiers dans son pro­ces­sus créa­tif : « La mode, ce sont des ob­jets, et les ob­jets… c’est mon do­maine. » Un pied de nez as­su­mé à ceux qui sou­hai­te­raient op­po­ser le vê­te­ment (et ses ac­ces­soires) aux dé­marches ar­tis­tiques : « Mes oeuvres sont des his­toires que l’on peut ra­con­ter par­tout : dans le calme feu­tré d’une ga­le­rie comme dans une bou­tique. » Dé­mo­cra­tique.

QUE FAIT IL ?

« J’ai tou­jours ai­mé per­tur­ber le rap­port d’échelle entre l’oeuvre et son spec­ta­teur », lance l’ar­tiste en re­ve­nant sur son par­cours. C’est d’ailleurs ce qui lui vau­dra, en 2009, le lion d’or du meilleur ar­tiste – la plus pres­ti­gieuse des dis­tinc­tions – à la Bien­nale de Ve­nise, où ses ins­tal­la­tions mo­nu­men­tales en trompe-l’oeil dé­sta­bi­li­saient la foule à en perdre l’équi­libre. Un tra­vail que l’Al­le­mand n’a pas hé­si­té à ré­in­ter­pré­ter pour MCM, en trans­for­mant la bou­tique hong­kon­gaise de la marque en oeuvre d’art, à 24 heures du lan­ce­ment de l’édi­tion chi­noise d’Art Ba­sel, la cé­lèbre foire d’art contem­po­rain. Un écrin sur­di­men­sion­né qui dé­voi­lait, çà et là, les mo­dèles de sacs en édi­tion li­mi­tée is­sus de leur col­la­bo­ra­tion. « Je me sou­viens des an­nées 1970 et de ces femmes pres­sées, chics, élé­gantes, qui fi­laient dans les rues de Mu­nich avec un sac MCM mo­no­gram­mé sous le bras. » Sauf qu’ici, di­gres­sion oblige, To­bias Reh­ber­ger a re­ma­nié ce lo­go à l’ex­trême, à la li­mite du li­sible, quitte à le con­fondre com­plè­te­ment avec son en­vi­ron­ne­ment : « J’ai vou­lu d’une bou­tique dans la­quelle on se de­mande où sont les pro­duits. » Pa­ri réus­si.

D’OÙ VIENT IL ?

Après une en­fance pas­sée à Ess­lin­gen am Ne­ckar, au sud-est de Stutt­gart, il re­joint la Stä­del­schule, l’école des beaux-arts de Franc­fort. Etu­diant dé­jà, il en­va­hit les es­paces et s’a ran­chit de toutes les contraintes, culti­vant le goût de la pro­vo­ca­tion, qu’elle soit visuelle… ou ima­gi­naire. En 1997, pour sa pre­mière Bien­nale de Ve­nise, il fait por­ter aux agents de sé­cu­ri­té des sous-vê­te­ments conçus d’après ses es­quisses, dis­si­mu­lant ain­si l’oeuvre aux yeux du pu­blic. Idem en 2001, lors­qu’il pré­sente de grandes caisses de mé­tal dans les­quelles, se­lon l’ar­tiste, étaient pla­cées des voi­tures de luxe, in­ter­ro­geant les spec­ta­teurs sur leur propre ca­pa­ci­té à ima­gi­ner. Une ma­nière de rap­pe­ler qu’avec l’art, tout est tou­jours une ques­tion de point de vue.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.