Ma­ren Ade

La ci­néaste al­le­mande vient d’en­flam­mer le Fes­ti­val de Cannes avec sa co­mé­die “To­ni Erd­mann”, que les cri­tiques ver­raient bien rem­por­ter la palme d’or

L'Obs - - 10 Choses À Savoir Sur… - GUILLAUME LOISON

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“VATER” « To­ni Erd­mann » ra­conte l’his­toire d’une bu­si­ness girl que son père, prof de mu­sique soixante-hui­tard, tente de ti­rer de son dé­but de dé­pres­sion par ses blagues in­ces­santes. Ce per­son­nage de co­mique com­pul­sif est ins­pi­ré du père de Ma­ren Ade, 39 ans, dont la pro­pen­sion à la farce se­rait net­te­ment su­pé­rieure à celle du reste de l’hu­ma­ni­té. Mon père, ce ri­go­lo ? Il était au Pa­lais des Fes­ti­vals lors de la pro­jec­tion du film ce ven­dre­di.

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COUPLE Le com­pa­gnon de Ma­ren Ade, Ul­rich Köh­ler, est aus­si ci­néaste. Ils font par­tie de « l’école de Ber­lin », mou­vance in­for­melle qui re­groupe une de­mi-dou­zaine de réa­li­sa­teurs par­ti­ci­pant au re­nou­veau du ci­né­ma d’au­teur al­le­mand. Köh­ler s’est dis­tin­gué en si­gnant trois longs-mé­trages dont « Bun­ga­low » (2002), et sur­tout « Mon­tag » (2006), er­rance d’une jeune mé­de­cin à tra­vers l’Al­le­magne.

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BIDES Avant le triomphe cannois de « To­ni Erd­mann », la France a bi­zar­re­ment sno­bé les deux pre­miers films de Ma­ren Ade : « The Fo­rest for the Trees », prix spé­cial du ju­ry au fes­ti­val de Sun­dance, n’est ja­mais sor­ti chez nous, et « Eve­ryone Else », pour­tant consa­cré par la cri­tique et nan­ti d’un ours d’ar­gent à Ber­lin en 2009, n’a en­re­gis­tré en France que 1 614 en­trées lors de sa sor­tie, fin 2010.

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PRO­DUC­TION Pen­dant ses études à l’école de ci­né­ma de Mu­nich, Ma­ren Ade se des­ti­nait à de­ve­nir pro­duc­trice. Elle l’est aus­si. Sa so­cié­té, Kom­pli­zen, co­fon­dée en 2000 avec Ja­nine Ja­ckows­ki, est à l’ori­gine de ses propres films et d’une di­zaine d’autres oeuvres, comme le très re­mar­qué « Ta­bou » du Por­tu­gais Mi­guel Gomes.

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INSPIRATIONS Elle dit s’ins­pi­rer de John Cas­sa­vetes. Pour « Eve­ryone Else », sa ré­fé­rence est « Scènes de la vie conju­gale » de Berg­man. Et pour « To­ni Erd­mann » ? « J’avais en tête An­dy Kauf­man (photo), co­mique amé­ri­cain des an­nées 1970. Mi­los For­man a tour­né sa bio­gra­phie avec Jim Car­rey [“Man on the Moon”, NDLR]. »

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1 300 HEURES La légende nais­sante de « To­ni Erd­mann » ra­conte que la ci­néaste au­rait ac­cu­mu­lé près de 1 300 heures de rushs. « Je tourne le maxi­mum de ver­sions de la même scène, de ma­nière à choi­sir au mon­tage. »

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BUCAREST « Eve­ryone Else » se dé­rou­lait loin de l’Al­le­magne, en Sar­daigne. « To­ni Erd­mann » plante son dé­cor dans les quar­tiers d’a aires de Bucarest: « La réa­li­té éco­no­mique d’un pays émergent comme la Rou­ma­nie me sem­blait plus spec­ta­cu­laire comme toile de fond. On ne compte plus les com­pa­gnies étran­gères qui s’y ins­tallent pour ré­cu­pé­rer leur part du gâ­teau. »

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CAS­TING La réus­site de « To­ni Erd­mann » tient en bonne par­tie à ses ac­teurs, de la tren­te­naire fé­brile San­dra Hül­ler au sexa­gé­naire zin­zin Pe­ter Si­mo­ni­schek. Ma­ren Ade les a choi­sis lors d’un cas­ting, du­rant le­quel une quin­zaine de co­mé­diens ont ten­té leur chance. « Une fois que votre choix est fixé, vous avez ré­so­lu les trois quarts des pro­blèmes que pose un tour­nage. »

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DÉGUISEMENT La fo­lie co­mique du film doit beau­coup à un vo­lu­mi­neux déguisement qui élec­trise une scène hi­la­rante (photo). Où diable Ma­ren Ade a-t-elle dé­go­té pa­reil ac­cou­tre­ment ? « C’est un cos­tume tra­di­tion­nel bul­gare que j’ai dé­cou­vert pen­dant l’écriture du film. Il m’a évo­qué, par sa tex­ture et sa forme in­croyable, le monstre d’un des­sin ani­mé de Pixar. »

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MÉ­THODE Huit ans sé­parent « Eve­ryone Else » de « To­ni Erd­mann ». Pour­quoi si long­temps ? « D’abord, j’ai pro­duit d’autres films pen­dant cette pé­riode. Et puis ma mé­thode exige beau­coup de pré­pa­ra­tion. J’ai lon­gue­ment en­quê­té sur le monde des en­tre­prises ex­pa­triées en Rou­ma­nie, tra­vaillé des mois sur le scé­na­rio, ré­pé­té en amont avec les ac­teurs. Ce n’est pas un ca­price, juste ma ma­nière de pro­cé­der. »

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