Ame­ri­can sto­ries

Où l’on voit qu’il est per­mis de rê­ver

L'Obs - - Chronique - D. D. T.

Ce Zim­mer­man, George de son pré­nom, avait beau­coup fait par­ler de lui en 2012, d’abord en Flo­ride puis dans le monde en­tier, quand il avait abat­tu dans la rue un ado­les­cent noir non ar­mé, lui-même étant blanc, et ar­mé, le­quel ado­les­cent à son dire lui avait pa­ru me­na­çant, on n’au­ra ja­mais su si lui-même avait pa­ru me­na­çant à l’ado­les­cent. Zim­mer­man, con­for­mé­ment à la justice telle qu’elle se rend en Flo­ride, avait été dé­cla­ré in­nocent, ce qui avait fait de lui un hé­ros pour un cer­tain nombre de ci­toyens amé­ri­cains. On n’en­ten­dait plus par­ler de George Zim­mer­man, un homme pour­tant qui se plaît à plas­tron­ner. Le voi­là, quatre ans après son ex­ploit, qui ré­ap­pa­rait à l’ac­tua­li­té.

Lors­qu’il avait tué le jeune Tray­von Mar­tin, Zim­mer­man avait agi en tant que pa­trouilleur vo­lon­taire dans son quar­tier pour le pro­té­ger des vo­leurs et autres vio­leurs et as­sas­sins. Tray­von Mar­tin n’était certes pas un vo­leur, en­core moins un vio­leur ou un as­sas­sin, mais tout le monde peut se trom­per. Zim­mer­man avait cru. On n’est pas res­pon­sable quand on croit. Sur­tout quand il s’agit de ti­rer sur un jeune type (les plus dan­ge­reux) à la peau noire (la plus dan­ge­reuse). Avec quoi avait-il ti­ré ?

Il y a des gens que ces dé­tails pas­sionnent. Beau­coup se contentent de sa­voir qu’il s’agis­sait d’un « re­vol­ver », ou bien d’un « fu­sil ». Pour d’autres, ap­prendre qu’il s’agis­sait d’un pis­to­let Kel-Tec PF-9, de ca­libre 9 mil­li­mètres, les met dans un état de grand conten­te­ment. Zim­mer­man était fier de son arme. Il l’est en­core plus, main­te­nant qu’il a mon­tré de quoi il était ca­pable avec elle, c’est pas une arme de mau­viette, elle est de­ve­nue une arme de jus­ti­cier. Qui n’a pas en­vie de pos­sé­der une arme de jus­ti­cier? Ne le­vez pas tous la main.

Vous me fe­riez de la peine. Zim­mer­man, qui se vit en hé­ros, a ju­gé que les temps étaient ar­ri­vés d’en tou­cher les di­vi­dendes. L’idée lui est ve­nue de vendre son arme au plus o rant. Un ob­jet his­to­rique, comme l’est son pis­to­let qui a pro­vo­qué un drame dans une fa­mille et des ras­sem­ble­ments de mil­lions de per­sonnes à tra­vers tous les Etats-Unis, ça peut va­loir jus­qu’à com­bien ? Il s’est adres­sé à des com­mis­saires-pri­seurs, les­quels l’ont envoyé pro­me­ner, à sa grande sur­prise, il pen­sait leur faire hon­neur en s’adres­sant à eux. Il a donc pro­po­sé son arme sur in­ter­net et, là, nou­velle sur­prise. L’in­dé­cence de son geste a pro­vo­qué la mo­que­rie et les sommes les plus ex­tra­va­gantes lui ont été pro­po­sées, pour­ris­sant les en­chères, vrai­ment on se de­mande où est pas­sé le res­pect.

Dans un livre qui pa­raît cette se­maine en li­brai­rie, « Sor­bonne-Plage » (Stock, 212 p.,18 eu­ros), Edouard Lau­net, à propos des uni­ver­si­taires fran­çais, pion­niers de l’éner­gie ato­mique, qui se réunis­saient pour les va­cances d’été à l’Ar­couest, près de Paim­pol, rap­pelle le des­tin de Paul W. Tib­bets, l’avia­teur qui pi­lo­tait l’Eno­la Gay d’où fut lar­guée la bombe sur Hi­ro­shi­ma. En­core une his­toire amé­ri­caine. Dans les an­nées 1970, en re­traite de l’ar­mée, Tib­bets par­ti­ci­pa à des mee­tings aé­riens qui ras­sem­blaient des di­zaines de mil­liers de cu­rieux. Il évo­luait aux com­mandes d’un bom­bar­dier du même type, dans une am­biance de ker­messe, et des com­parses, au sol, fai­saient ex­plo­ser un ba­ril qui pro­dui­sait un grand cham­pi­gnon de fu­mée. C’était comme à Hi­ro­shi­ma, mais sans ra­dia­tions et on pou­vait man­ger sans crainte ses pop-corns.

Tout ça pour dire. Do­nald Trump, il n’est pas né de rien.

Beau­coup se contentent de sa­voir qu’il s’agis­sait d’un “re­vol­ver”

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