La haine du père

ROSE MI­NUIT, PAR MA­RI­NA DE VAN, ALLIA, 144 P., 10 EU­ROS.

L'Obs - - Critiques - VÉ­RO­NIQUE CASSARIN-GRAND

S’il est une ex­pres­sion qui ca­rac­té­rise la réa­li­sa­trice, scé­na­riste, ac­trice et écri­vaine Ma­ri­na de Van (photo), c’est celle de « faire vio­lence ». Au spec­ta­teur, comme dans son pre­mier long-mé­trage, « Dans ma peau » (2002), où elle in­ter­prète une femme au­to­mu­ti­la­trice et au­to­phage. A el­le­même, dans « Sté­réo­sco­pie » (2013), ro­man au­to­bio­gra­phique où elle confesse « jouir de la mor­ti­fi­ca­tion d’un corps » sou­mis aux ad­dic­tions conju­guées de l’al­cool, de la drogue et des mé­di­ca­ments. Au lec­teur, dans ce der­nier ro­man d’une ex­trême bru­ta­li­té psy­cho­lo­gique où elle sonde jus­qu’à la moelle la haine d’un père pour sa fille. Quand celle avec la­quelle il a rom­pu tout lien de­puis dix ans parce qu’il la tient res­pon­sable de la mort de sa femme (la « Rose » du titre) vient lui rendre vi­site, le vieux beau de 75 ans cloué sur un lit d’hô­pi­tal à la suite d’un AVC feint de ne pas la re­con­naître. Si elle veut res­ter, il fau­dra qu’elle lui ra­conte par le me­nu sa vie sexuelle. Au cours de cet échange d’une rare per­ver­si­té, qui al­terne avec le mo­no­logue in­té­rieur du père, se re­cons­ti­tuent peu à peu les évé­ne­ments du pas­sé qui ont fa­vo­ri­sé l’épa­nouis­se­ment de la haine sau­vage du père et des né­vroses in­cu­rables de sa fille. Ma­ri­na de Van n’a au­cune pi­tié. De ce duel, nul ne sor­ti­ra vain­queur.

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