Ins­pec­teur Proust

SEN­TI­MENTS FILIAUX D’UN PARRICIDE, PAR MAR­CEL PROUST, ALLIA, 76 P., 3,10 EU­ROS.

L'Obs - - Critiques - DA­VID CAVIGLIOLI

Le 24 jan­vier 1907, à Pa­ris, Hen­ri van Bla­ren­ber­ghe, fils de bonne fa­mille psy­chia­tri­que­ment dé­ran­gé, a tué sa mère au poi­gnard avant de se sui­ci­der. Or l’as­sas­sin avait fré­quen­té Proust. « Le Fi­ga­ro » de­man­da donc un ar­ticle au dit Proust, qui n’avait pas pu­blié « Du cô­té de chez Swann ». Son compte ren­du est très… prous­tien : une mé­di­ta­tion si­nueuse sur le sou­ve­nir et l’amour fi­lial. Le titre de l’ar­ticle parle de « parricide », alors que Bla­ren­ber­ghe avait tué sa mère. C’est que Proust tri­ture l’a aire comme il l’en­tend. Lui qui avait per­du son père et sa mère, avec la dou­leur qu’on connaît, es­time que tout en­fant tue ses pa­rents à coups de ca­prices. (Culpa­bi­li­té éter­nelle qu’on trouve dans la « Re­cherche ».) Plus phi­lo­logue que fait-di­ver­sier, il traite l’as­sas­sin en hé­ros an­tique, en OE­dipe des Champs-Ely­sées, no­tant que lors­qu’il a été trou­vé (par un po­li­cier qui s’ap­pe­lait Le­proust), son « oeil pen­dait sur l’oreiller ». Cho­qué par cette mi­sé­ri­corde éru­dite, Gas­ton Cal­mette, pa­tron du « Fi­ga­ro », cen­su­ra l’ar­ticle, igno­rant avoir a aire à l’en­quê­teur le plus pres­ti­gieux qui soit.

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