10 CHOSES À SAVOIR SUR… Ken Loach

Avec “Moi, Da­niel Blake”, ce réa­li­sa­teur bri­tan­nique, qui voit dans le ci­né­ma “une arme de guerre”, vient de dé­cro­cher sa se­conde palme d’or

L'Obs - - Le Sommaire - PAS­CAL MÉRIGEAU

1RETRAITE Il y a deux ans, après la pré­sen­ta­tion à Cannes de « Jim­my’s Hall », il par­lait de s’ar­rê­ter. Et puis, à près de 80 ans (le 17 juin), il a dé­ci­dé de mon­ter de nou­veau au front, avec tou­jours cette même am­bi­tion : « Don­ner la pa­role à ceux qui ne l’ont pas. » Avec aus­si, de­puis quelques an­nées, cette las­si­tude que ses films ré­cents ex­priment.

2ENGAGEMENT Dans « Moi, Da­niel Blake », palme d’or 2016, une at­taque car­diaque oblige un me­nui­sier de 59 ans, pour la pre­mière fois de sa vie, à faire ap­pel aux ser­vices d’aide so­ciale : il lui faut prou­ver qu’il cherche un tra­vail… que ses mé­de­cins lui in­ter­di­raient d’ac­cep­ter, puis­qu’à leurs yeux Da­niel Blake n’est pas en état de tra­vailler. Ab­surde ? Oui. Et ter­ri­fiant. Mais Da­niel Blake a de l’hu­mour, et du cou­rage, et de la gé­né­ro­si­té…

3COMPLICES Il ne se montre ja­mais sans eux, ils sont même mon­tés sur scène avec lui à Cannes. Paul La­ver­ty est son scé­na­riste de­puis « Car­la’s Song » (1996). Ils s’étaient ren­con­trés l’an­née pré­cé­dente, sur le tour­nage de « Land and Free­dom ». An­cien avo­cat, de tous les com­bats en fa­veur des droits de l’homme, cet Ecos­sais bon teint vit à Ma­drid. La pro­duc­trice Re­bec­ca O’Brien ac­com­pagne elle aus­si le ci­néaste de­puis 1994.

4CIBLE Il sus­cite dans la presse bri­tan­nique de droite une vé­ri­table haine, no­tam­ment lors­qu’il évoque l’his­toire de l’Ir­lande dans « Le vent se lève » : « Quand l’an­nonce a été faite de la sé­lec­tion du film à Cannes, j’ai été com­pa­ré à Le­ni Rie­fens­tahl, le film était un nou­veau ‘‘Mein Kampf ’’. Et, bien sûr, au­cun jour­na­liste ne l’avait en­core vu. Tout sim­ple­ment, ils ne sup­por­taient pas l’idée que ce film soit mon­tré à Cannes. »

5FOOTBALL Loach est un fon­du de foot. Ce­la s’est vu dans « Loo­king for Eric », avec Eric Can­to­na (2009) (pho­to), et au­pa­ra­vant dans « My Name is Joe » (1998), his­toire d’un chô­meur en­traî­neur d’une équipe de co­pains. Mais le ci­néaste a réa­li­sé aus­si, la même an­née, le court-mé­trage « Ano­ther City », qui montre comment les sup­por­ters de Bath, la ville où il vit, se sont réu­nis pour re­prendre le club, alors en grande di culté. Loach fut d’ailleurs un des di­ri­geants du Bath City Foot­ball Club, mais ja­mais il ne pre­nait place dans la tri­bune pré­si­den­tielle du Twer­ton Park, pré­fé­rant se te­nir au bord du ter­rain.

6SCÉNARIO Avant le tour­nage, ses ac­teurs n’ont droit qu’à quelques bribes de l’his­toire. Sou­vent, ils ne connaissent de la scène qu’ils vont tour­ner que le point de dé­part : Loach les laisse dans l’igno­rance des dé­ve­lop­pe­ments de l’ac­tion, de sorte que, dans les mo­ments cru­ciaux, leurs ré­ac­tions ex­priment une ex­ci­ta­tion, une sur­prise, un e roi qui ne sont pas feints.

7RECORD Il a pré­sen­té dix-huit films à Cannes, re­cord ab­so­lu, le pre­mier à la Quin­zaine des réa­li­sa­teurs en 1972 (« Fa­mi­ly Life »), et a par­ti­ci­pé

à la com­pé­ti­tion à treize re­prises.

8IRONIE Il dé­plore que cer­tains de ses films aient par­fois man­qué d’hu­mour, comme « Re­gards et Sou­rires » (1981), mais il y a dé­sor­mais re­cours plus sou­vent qu’à son tour. Lui-même le pra­tique avec un vrai sens de la for­mule et ne re­cule pas tou­jours de­vant les va­che­ries. En re­vanche, il se mé­fie des dé­bor­de­ments d’émo­tion, ex­pli­quant que quand le spec­ta­teur pleure face à l’écran… il ne voit plus rien.

9DOCUMENTAIRES Il a réa­li­sé en 1995 un film de 50 mi­nutes sur la lutte des « Do­ckers de Li­ver­pool », li­cen­ciés pour avoir re­fu­sé de for­cer un pi­quet de grève. En 2013, a été pré­sen­té dans les salles le pas­sion­nant « Es­prit de 45 » qui, à par­tir d’images d’ar­chives et de té­moi­gnages, pro­pose une plon­gée ver­ti­gi­neuse dans l’his­toire mo­derne de l’An­gle­terre : c’est un de ses plus grands films, où se lit dé­jà la ma­tière de « Moi, Da­niel Blake ».

10ACTEURS Si le per­son­nage est écos­sais, l’ac­teur doit être écos­sais. S’il est de Londres, l’in­ter­prète doit l’être aus­si. C’est aus­si simple que ce­la. Alors, Dave Johns, qui joue Da­niel Blake, est de New­castle, voi­là tout.

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