Au théâtre tous les soirs

Où l’on voit que les ac­teurs sont plé­thore

L'Obs - - Chronique - D. D. T.

L’his­toire se passe dans un des Emi­rats arabes unis. Une dame, arabe, nous dit-on, ré­si­dante dans cet Emi­rat mais qui n’en était pas ori­gi­naire, en a été ex­pul­sée par dé­ci­sion d’un tri­bu­nal de­vant le­quel elle com­pa­rais­sait à la de­mande de son ma­ri. Arabe aus­si, le ma­ri, nous dit-on aus­si. Voi­là des hommes, les ma­ris arabes, qui ont de la dé­fense. Li­sez plu­tôt. Avait-il une aven­ture ? Nous ne le sau­rons pas. C’est en tout cas ce que son épouse vou­lut savoir et elle vi­si­tait la mé­moire de son té­lé­phone por­table afin d’en avoir le coeur net. Il l’avait sur­prise, d’où la plainte au tri­bu­nal pour viol de sa vie pri­vée. Le­quel tri­bu­nal, donc, a ex­pul­sé illi­co la dame, non sans lui avoir in­fli­gé au pas­sage une amende de 150 000 di­rhams, soit 36 000 eu­ros (en­vi­ron). Dieu sait si Georges Fey­deau a in­ven­té des his­toires d’adul­tères ex­tra­va­gantes, il n’en a ja­mais ima­gi­né comme celle-là et on se de­mande à quoi res­sem­ble­raient les co­mé­dies de bou­le­vard si on en jouait dans les Emi­rats.

Ce ma­ri-ci, plus ba­na­le­ment mais il est vrai que nous nous sommes trans­por­té en Seine-et-Marne, avait éga­le­ment à se plaindre de sa femme. Leur mé­nage était mal ap­pa­rié, au point qu’elle était al­lée dé­non­cer ses ac­ti­vi­tés à la po­lice : il tra­fique des faux pa­piers, mon­sieur l’ins­pec­teur, il touche le chô­mage alors qu’il a du tra­vail. Elle l’avait bien char­gé, es­pé­rant en être dé­bar­ras­sée mais le bougre l’avait ap­pris, d’où une rous­tée, le soir, leur ga­min de 7 ans risque de ne ja­mais l’ou­blier. Le plus ter­rible, ce fut lors­qu’il ba­lan­ça ma­man par la fe­nêtre. Le lo­ge­ment est au deuxième étage, le toit d’un ap­pen­tis la re­çut au rezde-chaus­sée, sans doute s’en ti­re­ra-t-elle avec quelque in­fir­mi­té, on par­lait de Georges Fey­deau tout à l’heure, il fau­drait main­te­nant par­ler du mé­lo­drame, le théâtre est per­ma­nent.

La farce, tiens. Ja­mais dé­mo­dée, la farce. An­cienne chan­teuse de ca­ba­ret, un tem­pé­ra­ment, elle vi­vait seule de­puis dix-huit ans. Elle s’ap­pe­lait Leigh Ann Sa­bine. Son ma­ri, John Sa­bine, un beau ma­tin, ou une triste ma­ti­née, avait dis­pa­ru. C’est une his­toire qui se passe dans le pays de Galles mais qui au­rait pu se pas­ser aus­si bien ailleurs. Leigh Ann s’était re­mise fa­ci­le­ment d’avoir été aban­don­née. Elle en plai­san­tait avec ses voi­sins. Je suis tran­quille, leur di­sait-elle, main­te­nant que j’ai fait ce qu’il fal­lait pour qu’il ne m’em­bête plus. Un jour, à sa coi euse, elle avait dit, ses 70 ans étaient pas­sés, qu’on par­le­rait d’elle après sa mort, quand on dé­cou­vri­rait « le ca­davre dans le pla­card ». C’était une « mar­rante », la coi euse s’était mar­rée. Elle en lâ­chait tou­jours de bonnes. Puis elle est morte. Le pro­prié­taire re­prend la mai­son. Que dé­couvre-t-il, dans la ca­bane au fond du jar­din ? Le sque­lette de Mr Sa­bine en­core dans son py­ja­ma. Un py­ja­ma Marks & Spen­cer, pré­cise la presse bri­tan­nique. Une voi­sine se rap­pelle, elle l’a confié à la po­lice : un jour, Mrs Sa­bine m’avait dit qu’elle avait tué son ma­ri avec une gre­nouille, j’ai pris ça pour de l’hu­mour. La po­lice de faire le rap­pro­che­ment avec la gre­nouille dé­co­ra­tive en pierre, d’un bon poids, po­sée sur la des­cente de lit de la dé­funte. L’arme du crime !

Pour fi­nir, tout le monde l’at­ten­dait : la tra­gé­die. Celle des deux mil­lions de ré­fu­giés aux­quels l’ONU déses­père de pou­voir don­ner un abri, faute d’un de­mi-mil­liard de dol­lars. Les per­sonnes pri­vées ne manquent pas qui les four­ni­raient sans que leur train de vie en soit en rien mo­di­fié. Par exemple, M. Do­nald Trump se vante de pos­sé­der dix mil­liards de dol­lars. Il en fait un ar­gu­ment élec­to­ral. Ayant dé­jà fi­gure de fa­vo­ri, s’il se dé­sis­tait du de­mi-mil­liard qui manque à l’ONU, cer­tai­ne­ment, pen­sez-vous, il se­rait élu. Naïf que vous êtes, les mêmes qui l’ap­plau­dissent pour ses dix mil­liards le pren­draient alors pour un con.

Ja­mais dé­mo­dée, la farce

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