“Il faut ré­duire le nombre de RTT”

L’élu cen­triste, au­teur du rap­port sur le temps de tra­vail dans la fonc­tion pu­blique, ex­plique sa dé­marche et plaide pour une ré­forme né­go­ciée

L'Obs - - Grands Formats -

Vous êtes membre de l’UDI. Comment ex­pli­quez-vous que le Pre­mier mi­nistre, Ma­nuel Valls, vous ait confié cette mis­sion ? Je suis maire de Sceaux, an­cien pré­sident de Pa­ris Mé­tro­pole et se­cré­taire gé­né­ral de l’As­so­cia­tion des Maires de France. Ma­nuel Valls était maire d’Evry. On s’ap­pré­ciait. J’ai une bonne ex­pé­rience du ter­rain et de la ges­tion pu­blique. J’ai aus­si créé et long­temps di­ri­gé un ca­bi­net de consul­tants sur les fi­nances lo­cales. De sur­croît, je pré­side le Con­seil su­pé­rieur de la Fonc­tion pu­blique ter­ri­to­riale de­puis 2011. C’est un do­maine que je connais bien. Je ne suis pas de gauche, mais je crois être ho­no­ra­ble­ment connu des syn­di­cats de la fonc­tion pu­blique. Je cô­toie le mi­lieu po­li­tique de­puis qua­rante ans. Que l’on soit de droite ou de gauche, peu m’im­porte. Je suis très proche de Ma­ry­lise Le­bran­chu [mi­nistre so­cia­liste de la Fonc­tion pu­blique avant An­nick Gi­rar­din, ac­tuel­le­ment en poste, NDLR]. C’est à sa de­mande que le Pre­mier mi­nistre m’a char­gé de cette mis­sion. Elle a consi­dé­ré que je de­vais faire ce rap­port parce que je connais les syn­di­cats. Je les ai tes­tés. Comme ils s’at­ten­daient à ce qu’un rap­port de ce genre soit ré­di­gé un jour, ils ai­maient au­tant que j’en sois l’au­teur. Ce rap­port était at­ten­du pour le 1er fé­vrier. Pour­quoi tar­der à le rendre pu­blic ? La lettre de mis­sion date du 13 juillet 2015. Le rap­port, éta­bli avec plu­sieurs ins­pec­teurs gé­né­raux, était ter­mi­né dé­but mars. Mais la po­lé­mique sur la loi tra­vail et la contes­ta­tion qui a sui­vi ont bou­le­ver­sé le ca­len­drier. Ma­nuel Valls et son ca­bi­net ont pré­fé­ré que l’on en re­tarde la re­mise. Le tra­vail était fait. Nous avons au­di­tion­né 300 per­sonnes – des syn­di­ca­listes, des res­pon­sables d’as­so­cia­tions d’élus lo­caux, d’élus de col­lec­ti­vi­tés ter­ri­to­riales, des di­rec­teurs de res­sources hu­maines des ad­mi­nis­tra­tions, mais aus­si de grandes en­tre­prises comme les groupes in­dus­triels Sol­vay ou Re­nault. Nous avons aus­si ren­con­tré des chefs de ser­vice et les re­pré­sen­tants de think tanks comme la Fon­da­tion pour la Re­cherche sur les Ad­mi­nis­tra­tions et les Po­li­tiques pu­bliques (iFrap) et l’Ins­ti­tut Mon­taigne. Nous avons e ec­tué bon nombre de dé­pla­ce­ments par­tout en France, et nous avons pas­sé trois jours dans le Loi­ret. Ce­la parce que la ré­gion Centre, qui n’a pas été a ec­tée par la ré­forme ter­ri­to­riale, dis­pose de don­nées stables. Quelle conclu­sion ti­rez-vous de cette mis­sion ? L’en­trée en vi­gueur des 35 heures dans le pu­blic n’a pas été sans po­ser de pro­blème, et ne s’est pas ac­com­pa­gnée, con­trai­re­ment aux en­tre­prises, d’une ré­flexion suf­fi­sante sur l’or­ga­ni­sa­tion, le ma­na­ge­ment et l’en­ca­dre­ment in­ter­mé­diaire. Dans les hô­pi­taux, c’est un gâ­chis to­tal. A cause du manque de per­son­nel, les agents ac­cu­mulent des RTT qu’ils ne peuvent pas prendre et qui pèsent sur les fi­nances pu­bliques. La dette de l’Etat dans les contrats épargne-temps est su­pé­rieure à 4 mil­liards d’eu­ros rien que pour les hos­pi­ta­liers et les po­li­ciers. Par ailleurs, il est anor­mal que les jours de frac­tion­ne­ment ac­cor­dés aux fonc­tion­naires qui mor­cellent leurs congés n’aient pas été sup­pri­més avec les RTT. De même pour les au­to­ri­sa­tions spé­ciales d’ab­sence qui doivent être har­mo­ni­sées dans la fonc­tion pu­blique. La du­rée lé­gale an­nuelle de tra­vail est de 1 607 heures. Il y a des cas, par exemple dans cer­taines col­lec­ti­vi­tés ter­ri­to­riales, où la du­rée réelle est in­fé­rieure, sou­vent à cause d’ac­cords an­té­rieurs aux 35 heures. Bon nombre de col­lec­ti­vi­tés ont en­ga­gé des né­go­cia­tions pour aug­men­ter le temps de tra­vail et tendre vers les 1607 heures, sans les dé­pas­ser. On peut y par­ve­nir, mais seule­ment dans le cadre d’un dia­logue so­cial ap­pro­fon­di.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.