“La pre­mière violence, c’est celle de l’Etat”

L'Obs - - Grands Formats -

Il a la tren­taine, un tra­vail in­tel­lec­tuel et pré­pare un doc­to­rat en sciences hu­maines. An­toine (un pré­nom d’em­prunt), ha­bi­tué des ma­ni­fes­ta­tions nan­taises contre la loi El Khom­ri, dé­fend une ac­tion ra­di­cale, vio­lente. « J’ai com­men­cé à mi­li­ter dès le ly­cée. A tra­vers l’his­toire, la phi­lo, je me suis vite ren­du compte que ce sont tou­jours les mêmes qui do­minent. En 2006, avec les mo­bi­li­sa­tions contre le CPE [contrat pre­mière em­bauche, NDLR], je suis pas­sé de l’ob­ser­va­tion de l’in­jus­tice à l’ac­tion. J’ai aus­si été très en­ga­gé dans le mi­lieu as­so­cia­tif, au­près des mi­grants. De­vant l’im­passe des si­tua­tions, face au constat des vio­lences po­li­cières, j’ai dé­ci­dé de me ra­di­ca­li­ser. Quand l’Etat se dur­cit, c’est né­ces­saire. Au­jourd’hui, je ne veux plus de ma­nifs der­rière le ca­mion de la CGT avec les ga­lettes sau­cisses. Je n’ap­par­tiens à au­cune struc­ture hié­rar­chi­sée. L’or­ga­ni­sa­tion se fait sans éten­dard, au­tour de per­sonnes qui par­tagent des idées et des moyens d’ac­tion en rup­ture avec les struc­tures clas­siques. Nous, nous ne vou­lons pas être des par­te­naires so­ciaux, nous ne né­go­cions pas avec l’Etat. On pro­cède à des des­truc­tions sym­bo­liques ci­blées contre l’op­pres­sion ca­pi­ta­liste : des banques, des pubs, des en­tre­prises d’éco­no­mie mixte sym­boles d’un ser­vice pu­blic qui se pri­va­tise. Ces ac­tions sont ra­di­cales. Mais que re­pré­sentent-elles par rap­port à un tra­vailleur su­bis­sant un sys­tème ban­caire qui l’ex­ploite ? Et quels moyens d’ac­tion a-t-on lorsque l’Etat, lui, aug­mente son ni­veau de ra­di­ca­li­té ? La violence, il faut la dé­cons­truire. La pre­mière, c’est celle de l’Etat et des forces de l’ordre. Nous, on n’ac­cepte ni le 49.3, ni la ma­traque. On est contre cette loi, son monde et ses formes d’op­pres­sion. On est contre ces forces de l’ordre qui n’as­surent pas un main­tien de l’ordre, mais ins­taurent au contraire une at­mo­sphère proche de la guerre co­lo­niale. Au­jourd’hui, on est re­joints par d’autres frac­tions de po­pu­la­tion non or­ga­ni­sées, qui su­bissent les crises. Par­fois, leur casse n’est pas ci­blée. Ce n’est pas ma forme d’ex­pres­sion, mais je suis so­li­daire de ces ac­tions. Elles dé­notent un ma­laise qui fait que tout peut ex­plo­ser. » PRO­POS RE­CUEILLIS PAR DA­VID PROCHASSON

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