Gloire aux zeug­mas

LES MEILLEURS ZEUG­MAS DU “MASQUE ET LA PLUME”, PRÉ­SEN­TÉ PAR JÉ­RÔME GARCIN, IL­LUS­TRÉ PAR JOCHEN GERNER, FO­LIO/FRANCE-IN­TER, 106 P., 6,50 EU­ROS.

L'Obs - - Critiques - DA­VID CAVIGLIOLI

Le zeug­ma était une fi­gure de style obs­cure, jus­qu’à ce que « le Masque et la Plume », pré­si­dé par notre ami Jé­rôme Garcin, en fasse une cé­lé­bri­té. Pour dé­fi­nir le zeug­ma, ani­mal syn­taxique à deux têtes, rien de tel qu’un exemple, pris chez Bé­gau­deau : « Il a pris le bus et la grosse tête. » Tout a com­men­cé un soir où Jean-Louis Ezine a re­le­vé quelques zeug­mas chez James Sal­ter. Les au­di­teurs de Fran­ceIn­ter, in­tri­gués par ce mot aux so­no­ri­tés en­voû­tantes, se sont mis à ré­col­ter les zeug­mas, chez Flau­bert, Proust, Cé­line, San-An­to­nio, Des­proges ou Ed­dy Mit­chell. Garcin ouvre dé­sor­mais ses « Masque » lit­té­raires avec cette sa­ra­bande zeug­ma­tique ar­ri­vée par voie pos­tale, au­jourd’hui com­pi­lée dans cet ou­vrage ul­tra­col­la­bo­ra­tif, hom­mage à la fan­tai­sie com­bi­na­toire de la langue fran­çaise, où on voit un homme pé­né­trer dans « le hall, puis la stan­dar­diste », où on « bourre sa pipe avant de la cas­ser », et où, face à Em­ma Bo­va­ry, Léon Du­puis, le jeune clerc de no­taire d’Yon­ville, « ad­mir[e] l’exal­ta­tion de son âme et les den­telles de sa jupe ».

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