Les juifs de Ve­nise

GHET­TO DE VE­NISE, PAR DONATELLA CALABI, TRA­DUIT DE L’ITA­LIEN PAR MA­RIE-GEORGE GERVASONI, LIANA LE­VI, 170 P., 20 EU­ROS.

L'Obs - - Critiques - ALAIN CHOUFFAN

Le 27 mars 1516, un aris­to­crate vé­ni­tien pro­pose au Sé­nat d’en­fer­mer les 700 juifs de Ve­nise, avec in­ter­dic­tion d’en sor­tir la nuit, dans un quar­tier ap­pe­lé « Ge­to ». Sans au­cune rai­son ap­pa­rente. Car, jusque-là, les juifs, dont la pré­sence est at­tes­tée de­puis le e siècle, sont loin d’être per­sé­cu­tés. Dis­per­sés dans la ville, ils vivent du prêt sur gage. Coup de théâtre : deux jours plus tard, le Sé­nat vote cette pro­po­si­tion. Le mo­tif? Pour « conju­rer la per­fi­die hé­braïque »… Deux siècles après, le ghet­to juif s’agran­dit en ac­cueillant les sé­fa­rades d’Es­pagne ou du Por­tu­gal, les ash­ké­nazes d’Al­le­magne et d’Eu­rope cen­trale, ou les le­van­tins ex­pul­sés de Cons­tan­ti­nople, jus­qu’à at­teindre 4 000 ha­bi­tants. Ce ne fut qu’en 1797, avec la conquête de Ve­nise par Na­po­léon, que s’ou­vrirent les portes du ghet­to. Donatella Ca­ba­li (pho­to), his­to­rienne des villes, a me­né une en­quête sur la Sé­ré­nis­sime, qui célèbre cette an­née les 500 ans de son ghet­to. A cette oc­ca­sion, elle or­ga­nise une ex­po­si­tion in­ti­tu­lée « Ve­nise, les Juifs, l’Eu­rope ». Au­jourd’hui, 500 juifs vivent à Ve­nise. Mais presque plus au­cun dans le ghet­to.

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