Road trip en cor­billard

Deux ans après “le Li­seur du 6h27”, Jean-Paul Di­dier­laurent conte la ren­contre d’un tha­na­to­prac­teur et d’une auxi­liaire de vie

L'Obs - - Critiques - LE RESTE DE LEUR VIE, PAR JEAN-PAUL DI­DIER­LAURENT, AU DIABLE VAUVERT, 288 P., 17 EU­ROS. VIR­GI­NIE CRESCI

Em­bau­mer les morts est un art qu’Am­broise maî­trise à la per­fec­tion. Trop sen­sible pour s’oc­cu­per des vi­vants, il prend soin de ceux qui ont ren­du leur der­nier sou e, et rend un peu de di­gni­té à leurs corps pé­tri­fiés, pour que de­meure le sou­ve­nir d’un teint frais, d’un vi­sage sou­riant ou d’une femme tou­jours bien ha­billée. Ma­nelle, elle, pré­fère les gens quand ils ont en­core quelque chose à dire. Chaque jour, elle rend vi­site aux per­sonnes âgées, fait le mé­nage chez ce « vieux vi­ce­lard » de Marcel, em­mène Ma­de­leine à la su­pé­rette et cui­sine avec Sa­muel, oc­to­gé­naire so­li­taire qui fait d’elle sa fille de coeur. Elle est auxi­liaire de vie, il est tha­na­to­prac­teur. Celle qui garde en vie ceux que la mort guette et ce­lui qui « transforme des ca­davres en pai­sibles dor­meurs » n’étaient donc pas des­ti­nés à se ren­con­trer, jus­qu’à l’in­ter­ven­tion di­vine du can­cer in­cu­rable de Sa­muel Dins­ky. La mort, ce vieil homme l’a dé­jà vue de près, en­fant, au camp d’ex­ter­mi­na­tion de So­bi­bor. Alors quand elle vient frap­per à sa porte une se­conde fois, il signe un « contrat de ma­riage avec la Fau­cheuse » ou plu­tôt avec « Dé­li­vrance », un or­ga­nisme de sui­cide as­sis­té qui porte bien son nom. Di­rec­tion la Suisse, dans le cor­billard d’Am­broise, qui em­barque au pas­sage sa grand­mère Beth, rem­plis­sant par­fai­te­ment son rôle de ma­mie gâ­teau, et Ma­nelle, qui s’est don­né pour mis­sion de faire chan­ger d’avis le condam­né. Et voi­là comment on forme deux couples in­ter­gé­né­ra­tion­nels, dans un road trip im­pro­bable avec la mort pour des­ti­na­tion. Après le suc­cès du « Li­seur du 6h27 », Jean-Paul Di­dier­laurent re­noue avec ses per­son­nages de l’ombre, ces « in­vi­sibles » qui se trans­forment en hé­ros du quo­ti­dien, dans un style vif, drôle et tou­chant. Si le dé­but a des airs de ro­man réa­liste, la fin res­semble plu­tôt à un conte, tant le dé­noue­ment baigne dans un op­ti­misme ir­réel, presque ubuesque. Avec tous les in­gré­dients du par­fait feel good book – su­jets sombres trai­tés sur un mode lé­ger, his­toire d’amour pré­vi­sible, per­son­nages at­ta­chants et hap­py end –, « le Reste de leur vie » est un an­ti­dé­pres­seur qui s’avale tout seul, mais dont les e ets sont de courte du­rée.

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