Ve­rhoe­ven à plein ré­gime

ELLE, PAR PAUL VE­RHOE­VEN. THRIL­LER FRAN­ÇAIS, AVEC ISA­BELLE HUP­PERT, LAURENT LA­FITTE, ANNE CONSIGNY, CHARLES BER­LING, VIR­GI­NIE EFI­RA (2H10).

L'Obs - - Critiques - PAS­CAL MÉRIGEAU

« Qui au­rait pu ima­gi­ner une chose pa­reille ? », se de­mande Mi­chèle (Isa­belle Hup­pert, pho­to) lorsque l’in­trigue s’est en­fin dé­nouée. C’est comme si elle-même n’en re­ve­nait pas, alors que de toute évi­dence c’est au spec­ta­teur que la ques­tion s’adresse. Un spec­ta­teur qui, plus de deux heures du­rant, s’est vu trim­ba­ler de pé­ri­pé­ties en ré­vé­la­tions, d’une scène de viol re­com­men­cée plu­sieurs fois à un bref mo­ment de pos­sible ten­dresse, d’un men­songe avé­ré à une fausse vé­ri­té, d’une pro­vo­ca­tion tor­due à une af­fir­ma­tion d’une can­deur désar­mante. Con­si­dé­rées iso­lé­ment, les pièces du puzzle com­po­sé à par­tir du ro­man de Phi­lippe Djian « Oh… » ne vau­draient guère qu’on s’y ar­rête. Pas fa­cile à go­ber, par exemple, que deux dames comme Mi­chèle et sa vieille co­pine An­na (Anne Consigny) di­rigent une boîte de créa­tion de jeux vi­déo. Qui se met­trait en tête de vou­loir ra­con­ter l’in­trigue ne pro­dui­rait qu’une en­fi­lade de si­tua­tions mé­dio­cre­ment en­ga­geante. Quant à l’iden­ti­té du sa­lo­pard qui, un soir, chez elle, a agres­sé et vio­lé Mi­chèle, elle ne fait très vite au­cun doute aux yeux de qui a vu plus de cinq films dans sa vie. Mais Mi­chèle conti­nue de cher­cher ou, plus pro­ba­ble­ment, de faire comme si, « ha­bi­tée » par ce mo­ment de ter­reur, d’an­goisse et de dou­leur dont le sou­ve­nir, sans cesse, s’im­pose à elle, quand il ne lui prend pas fan­tai­sie de le convo­quer elle-même.

A la voir a af­fron­ter ses propres fan­tasmes, fai­sant montre tan­tôt d’un au­to­ri­ta­risme proche du sa­disme (la scène avec ce­lui de ses em­ployés que briè­ve­ment elle soup­çonne), tan­tôt d’une forme de naï­ve­té dont la ré­vé­la­tion du trau­ma­tisme vé­cu dans son en­fance pré­tend don­ner la clé, on se dit que le thème de « Elle » pour­rait être le dé­ni. Dé­ni dont le fils de l’hé­roïne est un cham­pion hors ca­té­go­rie, lui qui re­fuse de voir qu’il ne peut être le père de l’en­fant qu’il pré­sente comme le sien. Le ci­né­ma étant l’art du faire-sem­blant, voi­là qui tombe bien, et Paul Ve­rhoe­ven a trou­vé la ma­tière qui o re à sa maî­trise tech­nique de s’ex­pri­mer avec une vir­tuo­si­té as­sez em­bal­lante. C’est elle et la qua­li­té d’en­semble d’une in­ter­pré­ta­tion do­mi­née par une Isa­belle Hup­pert là en­core ren­ver­sante qui font tour­ner le film à plein ré­gime, ren­voyant à leur peu en­viable des­ti­née les ques­tions lais­sées en sus­pens.

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