Elec­tro­glo­dytes

COSMIC MA­CHINE. THE SEQUEL (BECAUSE).

L'Obs - - Critiques - FA­BRICE PLISKIN

Çà et là, on lit que la mu­sique po­pu­laire, au­jourd’hui, spé­cule moins sur la mé­lo­die et le re­frain que sur le son, conçu dans sa tex­ture et sa ma­té­ria­li­té. Le mé­dium élec­tro­nique – le lo­gi­ciel – se­rait donc le mes­sage. La pré­cieuse com­pi­la­tion ins­tru­men­tale « Cosmic Ma­chine. The Sequel » s’écoute comme une gra­cieuse ar­chéo­lo­gie du son élec­tro à la fran­çaise (1971-1983). Quinze ans avant Daft Punk, les au­teurs élec­tro­niques avancent mas­qués, sous de ru­ti­lants pseu­do­nymes. Cette mu­sique est comme un mau­vais lieu, un ba­roque bor­del­lo pour or­gies so­nores, ba­ckroom ex­plo­ra­toire où les mu­si­ciens par­touzent ano­nymes avec des ma­chines dé­si­rantes, les syn­thé­ti­seurs Moog, Bu­chla, EMS, Ro­land, Korg, Ya­ma­ha, ARP Odys­sey, etc.

Beau­coup de ces ar­tistes mènent une double vie ; dans le ci­vil, cer­tains sont chan­teurs de va­rié­té fran­çaise comme Alain Cham­fort, qui, sous le nom d’Araxis, s’ini­tie au dis­co, ou Ch­ris­tophe, dont le mé­lan­co­lique et ob­tus « Harp Odys­sey » semble sor­tir de la BO du film « Tron ». On re­trouve aus­si Ni­co­las Pey­rac (« Rite »). Moins connus, Joël Fa­jer­man et Jan Yrs­sen, sous la pré­si­dence de Gis­card, semblent po­ser les fon­da­tions de la deep house, dans le ré­pé­ti­tif mais re­bon­dis­sant « As­té­roïde » (1978). Le dé­sin­volte et car­too­nesque « Va­drouillard 3 » (1971) de Ro­ger Ro­ger, ex-ac­com­pa­gna­teur de Mau­rice Che­va­lier, res­semble à un single iné­dit de Go­rillaz. Dans un genre moins pop, il faut ci­ter aus­si « le Tri­èdre fer­tile » de Pierre Schae er, mu­sique contem­po­raine de 1975, qui fe­rait pas­ser « Yee­zus » de Ka­nye West pour du Re­naud, avec ses sons à la Pong, pre­mier jeu vi­déo de ten­nis de table. Ci­tons en­core le sé­dui­sant « Si­gnaux codes non iden­ti­fiés » de Mi­chel Magne qui sonne comme un puzzle funk de douze pièces à mon­ter soi-même. Mais la meilleure in­tro­duc­tion à « Cosmic Ma­chine », et la plus hé­do­niste, c’est sans doute l’im­pé­rial « Young Free­dom » (1978). On di­rait une chute de « Ran­dom Ac­cess Me­mo­ries », le der­nier al­bum de Daft Punk, et comme une aïeule de « Lose Your­self to Dance », où il ne man­que­rait que la gui­tare de Nile Rodgers. Sous cette pièce mu­si­cale se cache Fran­cis Lai, au­teur, entre mille autres, de la célèbre BO cha­ba­da d’« Un homme et une femme », de Claude Le­louch. Cha­ba­daft­punk ?

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