DOMP­TER LE RISQUE

Les temps sont in­cer­tains pour les épar­gnants. Faut-il ré­vi­ser sa stra­té­gie pour mi­ser sur des pro­duits “sûrs” dont la ren­ta­bi­li­té s’ame­nuise, ou pa­rier sur la Bourse, qui joue au yoyo de­puis le dé­but de l’an­née? Cruel di­lemme. Quelques conseils pour tire

L'Obs - - Tendances -

Pas de risque, pas de ren­de­ment! La for­mule pa­raît un brin ca­ri­ca­tu­rale ? Elle n’a pour­tant ja­mais été aus­si per­ti­nente. La faute aux taux obli­ga­taires, la ma­tière pre­mière des pla­ce­ments ga­ran­tis! Les ren­de­ments des obli­ga­tions à dix ans sont au ta­pis. Et, cô­té eu­ro­péen, au­cun éco­no­miste ne les voit re­mon­ter à court ni même à moyen terme. Si la Banque fé­dé­rale amé­ri­caine de­vait, elle, les pous­ser à re­prendre un peu de hau­teur, ce se­rait avec une pro­gres­si­vi­té tout en dou­ceur. Ce ta­bleau est très contra­riant pour les épar­gnants, qui vont conti­nuer à voir le ren­de­ment de l’as­su­rance-vie en eu­ros fondre inexo­ra­ble­ment. Un sale coup pour leur pro­duit fé­tiche. « Les fonds en eu­ros concentrent près de 80% des 1550 mil­liards d’eu­ros dé­po­sés sur l’as­su­rance-vie, sou­ligne

Phi­lippe Cre­vel, éco­no­miste du Cercle de l’Epargne. Après chaque nou­veau krach bour­sier, les épar­gnants échau­dés prennent de plus en plus de temps pour re­ve­nir en Bourse. Après ce­lui de 2008/2009, il a fal­lu at­tendre 2015 pour consta­ter une pe­tite di­ver­si­fi­ca­tion de leurs avoirs via les fonds à risques de l’as­su­rance-vie. »

Et la fluc­tua­tion en dents de scie des in­dices bour­siers, ces der­niers mois, contri­bue à ren­for­cer leur aver­sion du risque. Les mar­chés ont, en e et, sur­réa­gi de­puis le dé­but de l’an­née à l’in­cer­ti­tude qui pèse sur la po­li­tique mo­né­taire de la Chine, les ré­sul­tats de l’éco­no­mie ou­treAt­lan­tique, les prix de l’éner­gie, qui se sont e on­drés… Si ces fac­teurs d’in­sta­bi­li­té sont en passe de se dis­si­per, d’autres pour­raient prendre le re­lais, au pre­mier rang des­quels une sor­tie des Bri­tan­niques de l’Union eu­ro­péenne. Les Bourses mon­diales pour­raient tout aus­si bien pa­ni­quer face à un évé­ne­ment géo­po­li­tique an­xio­gène. Qua­li­fiés de « bi­po­laires » par le gé­rant luxem­bour­geois Gui­do Bar­thels, chez Ethé­néa In­de­pendent In­ves­tors SA, les mar­chés fi­nan­ciers « ont été do­mi­nés par un com­por­te­ment ma­nia­co-dé­pres­sif, sans qu’au­cune ten­dance claire n’émerge ». « Nous man­quons de li­si­bi­li­té sur des fon­da­men­taux, tels que la crois­sance amé­ri­caine, la confiance des mar­chés dans l’ac­tion des banques cen­trales, la po­li­tique de l’Ara­bie saou­dite vis-à-vis de la pro­duc­tion de pé­trole… », confirme Her­vé Goul­let­quer, stra­té­giste de la ges­tion à La Banque pos­tale As­set Ma­na­ge­ment. De fait, la vo­la­ti­li­té bour­sière de­vrait pré­va­loir en­core de longs mois. « Elle est an­crée dans le pay­sage de taux bas, ren­ché­rit Oli­vier Pas­set, di­rec­teur des syn­thèses éco­no­miques chez Xer­fi. La ma­nière dont les ana­lystes va­lo­risent les en­tre­prises est in­fluen­cée à la baisse par ce contexte. »

Les épar­gnants pru­dents semblent dé­cou­ra­gés par les taux ané­miques des pla­ce­ments ga­ran­tis, jus­qu’à re­non­cer à l’idée de faire fruc­ti­fier leur ca­pi­tal! On as­siste ain­si à un re­cord his­to­rique des li­qui­di­tés dor­mant sur les comptes cou­rants. Pour­tant, des so­lu­tions existent pour li­mi­ter la casse sur les fonds en eu­ros, qui n’ont pas en­core dit leur der­nier mot (voir p. 122). Quant à mettre un pied en Bourse au­jourd’hui, le risque en vaut la peine. Car les vrais re­lais de crois­sance pour un pa­tri­moine fi­nan­cier sont là. A une condi­tion: ap­prendre à maî­tri­ser le risque. Ques­tion de ti­ming? Non, de mé­thode. A dé­cou­vrir dans les pages qui suivent.

çais: 3,5% pour les ac­tions ver­sus une obli­ga­tion à 10 ans rap­por­tant au mieux 0,5% !

Ces gé­né­reux di­vi­dendes com­pensent le risque d’une baisse des cours. « Les ac­tions eu­ro­péennes o rent un ni­veau éle­vé de di­vi­dendes, com­mente Igor de Maack, gé­rant et por­te­pa­role de la ges­tion chez DNCA In­vest­ments. Ces re­ve­nus ré­gu­liers vous ai­de­ront à pa­tien­ter si la plus-va­lue tarde. Et vous lais­se­ront tou­jours l’op­por­tu­ni­té d’une ap­pré­cia­tion de votre ca­pi­tal dans le fu­tur. » Dont acte. Mais à condi­tion d’être prêt à im­mo­bi­li­ser son argent pen­dant au moins cinq ans, pour épon­ger une éven­tuelle perte. Et de li­mi­ter la part des ac­tions à 25% en­vi­ron de ses pla­ce­ments fi­nan­ciers, voire moins si l’on s’ap­proche d’une échéance né­ces­si­tant de ré­cu­pé­rer une par­tie de son ca­pi­tal (achat im­mo­bi­lier, re­traite…).

Reste à savoir comment jouer le po­ten­tiel des ac­tions sur un mar­ché en dents de scie. Ache­ter des parts de fonds de ges­tion collective (Si­cav et autres fonds com­muns de pla­ce­ment) est une des so­lu­tions les plus adap­tées pour tous ceux que la mé­ca­nique bour­sière e raie. La ca­té­go­rie des fonds dits à ges­tion di­ver­si­fiée, ou flexibles, est par­ti­cu­liè­re­ment re­com­man­dée dans le contexte ac­tuel. Le gé­rant de tels fonds dis­pose d’une cer­taine la­ti­tude pour faire va­rier la part d’ac­tions, d’obli­ga­tions et d’autres pro­duits fi­nan­ciers se­lon les op­por­tu­ni­tés du mo­ment. L’ob­jec­tif : main­te­nir une per­for­mance, si pos­sible po­si­tive, donc non cor­ré­lée à l’évo­lu­tion gé­né­rale des mar­chés.

En fait, ils at­té­nuent les phases de baisse… mais en contre­par­tie sont sou­vent à la traîne dans les épi­sodes de hausse. La sé­cu­ri­té – ou le risque mi­ni­mi­sé – a tou­jours un prix ! Ce­lui qui se sent prêt à ac­cep­ter une perte en ca­pi­tal pas­sa­gère et à pa­tien­ter deux ou trois ans, le temps de se re­faire après un sé­rieux dé­cro­chage bour­sier, ira plus vo­lon­tiers sur des fonds d’ac­tions fran­çaises ou eu­ro­péennes avec un es­poir de gain su­pé­rieur. A lo­ger de pré­fé­rence dans un PEA ou une as­su­rance-vie pour des rai­sons fis­cales: exo­né­ra­tion des gains après 5 ou 8 ans. La se­conde grande op­tion pour pro­fi­ter de la Bourse consiste à construire soi­même son por­te­feuille d’ac­tions. « Il faut dé­mys­ti­fier la pré­ten­due com­plexi­té de l’exer­cice ain­si que son risque, es­time Jean-Fran­çois Filliatre, di­rec­teur édi­to­rial du site Mar­chés­ga­gnants.com. Avec 25% de votre ca­pi­tal fi­nan­cier en ac­tions, le risque maxi­mal que vous cou­rez est de moins 9% sur ce pa­tri­moine, dans l’hy­po­thèse très pes­si­miste où la bourse dé­vis­se­rait de 40%. » Ce spé­cia­liste des mar­chés fi­nan­ciers pro­pose une mé­thode d’in­ves­tis­se­ment sur dix titres d’en­tre­prises, re­pré­sen­tant au moins sept des dix sec­teurs éco­no­miques de la Bourse de Pa­ris pour se di­ver­si­fier. Chaque ac­tion pe­sant le même poids dans le compte-titres. « Pour choi­sir les titres, nul be­soin de se plon­ger dans les rap­ports fi­nan­ciers des so­cié­tés. Mieux vaut s’in­té­res­ser à la vie de l’en­tre­prise et avoir au moins trois ar­gu­ments po­si­tifs: on croit à la com­pé­tence du di­ri­geant, la so­cié­té est sur un mar­ché por­teur, on aime le pro­duit ou le ser­vice ven­du, on per­çoit un di­vi­dende éle­vé… » En­suite, il est quand même conseillé de s’in­for­mer sur l’his­to­rique du cours pour ne pas l’ache­ter trop cher. Mieux vaut vi­ser un mi­ni­mum de 1 500 eu­ros par ligne, pour amor­tir les frais de cour­tage. Sur in­ter­net, les in­for­ma­tions foi­sonnent sur la vie des so­cié­tés du CAC et leur évo­lu­tion en Bourse. Avec un mi­ni­mum d’in­té­rêt pour la vie éco­no­mique, on se prend vite au jeu !

DOS­SIER CONÇU PAR AGENCE FO­RUM NEWS RÉ­DAC­TION EN CHEF : CA­RO­LINE BRUN

RÉ­DAC­TION : VI­VIANE CARTAIRADE, FRAN­ÇOISE PAOLETTI ET GILLES MANDROUX

ILLUS­TRA­TIONS : PETICA

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