DES REN­DE­MENTS POUR TOUS

Les épar­gnants conti­nuent de plé­bis­ci­ter le com­par­ti­ment ga­ran­ti de l’as­su­rance-vie, bien que son ren­de­ment fonde iné­luc­ta­ble­ment. Pas si bête!

L'Obs - - Placements - VI­VIANE CARTAIRADE

Ce n’est pas faute, pour les as­su­reurs, d’avoir cla­mé sur tous les tons que l’âge d’or des fonds en eu­ros était pas­sé. Leurs clients ont fait la sourde oreille! Par manque de connais­sance des mar­chés fi­nan­ciers, peur de s’y aven­tu­rer ou aver­sion du risque, les épar­gnants n’ont pas mo­di­fié leur com­por­te­ment et res­tent at­ta­chés aux fonds en eu­ros. Pas for­cé­ment à tort même si, iné­luc­ta­ble­ment, le ren­de­ment de la poche ga­ran­tie de leur as­su­ran­ce­vie va bais­ser. En cause, le ni­veau ex­trê­me­ment bas des obli­ga­tions (l’Etat em­prunte même à taux né­ga­tifs!) qui com­posent près de 85% des fonds en eu­ros. La sé­cu­ri­té est à ce prix.

C’est que le fonds en eu­ros est l’un des rares ac­tifs à co­cher les trois cases du trip­tyque sé­cu­ri­té / li­qui­di­té / ren­de­ment. Au­cun risque : outre la pré­ser­va­tion du ca­pi­tal, les gains an­nuels res­tent dé­fi­ni­ti­ve­ment ac­quis quelle que soit l’évo­lu­tion ul­té­rieure des mar­chés. Une li­qui­di­té à toute épreuve : l’épar­gnant ali­mente son contrat et ré­cu­père son ca­pi­tal quand il le sou­haite, dans un cadre fis­cal pri­vi­lé­gié après la 8e an­née grâce à l’abat­te­ment an­nuel de 4 600 eu­ros sur les gains com­pris dans le re­trait (le double pour un couple). Quant au ren­de­ment, mal­gré les ap­pa­rences, il reste flat­teur. En 2015, il s’éta­blit à 2,3% en moyenne pour une in­fla­tion nulle. Dé­ce­vant? C’est pour­tant tout au­tant qu’en 2004, quand les

fonds en eu­ros rap­por­taient 4,4%... mais que l’éro­sion mo­né­taire due à l’in­fla­tion en gri­gno­tait 2,1% (voir gra­phique ci-des­sus) !

« Tant que l’in­fla­tion est basse et qu’il n’existe pas de pla­ce­ment de sub­sti­tu­tion sans risque, le consom­ma­teur adepte de sé­cu­ri­té a tout in­té­rêt à res­ter sur les fonds en eu­ros », ob­serve Fran­çois Le­ne­veu, pré­sident du di­rec­toire d’Al­ta­pro­fits. com. « Ils re­pré­sentent une ex­cel­lente ré­ponse pour les an­nées à ve­nir car les as­su­reurs dis­posent de ré­serves pour as­su­rer un ren­de­ment cor­rect alors que les mar­chés fi­nan­ciers sont très vo­la­tils, donc ris­qués », abonde Cy­rille Char­tier-Kast­ler, pré­sident de GoodVa­lue­forMo­ney.eu, un site spé­cia­li­sé sur l’as­su­rance-vie.

Sans comp­ter que, mal­gré son ren­de­ment mo­deste, l’as­su­rance-vie sé­cu­ri­sée n’est nul­le­ment concur­ren­cée par les pla­ce­ments ha­bi­tuels pour li­qui­di­tés, sé­cu­ri­sés et li­quides eux aus­si, mais beau­coup moins ren­tables (voir en­ca­dré).

Peut-on faire mieux ? Oui, à condi­tion de dé­te­nir un contrat in­ter­net (Al­ta­pro­fits, Bour­so­ra­ma, For­tu­neo, etc.) qui pro­pose plu­sieurs fonds en eu­ros : le fonds en eu­ros « clas­sique » et un autre, orien­té im­mo­bi­lier ou dy­na­mique. Avec un ar­gu­ment de poids : ils rap­portent près d’un point de plus que les fonds en eu­ros clas­siques. Contre­par­tie : leur ac­cès est contraint. En par­ti­cu­lier, ils ne sont ac­ces­sibles que si de 25 à 30% du ver­se­ment est pla­cé sur des uni­tés de compte, les fonds di­ver­si­fiés ou ac­tions.

De fait, les épar­gnants ne s’y pré­ci­pitent pas. « L’écart de per­for­mance ne fait pas tout. Ceux qui veulent res­ter éloi­gnés de tout risque ne se sont pas lais­sé éblouir et n’ont pas sau­té le pas », constate Fran­çois Le­ne­veu. Non sans rai­son. Si ceux à do­mi­nante im­mo­bi­lière (en­vi­ron les deux tiers de l’ac­tif ) as­surent le ren­de­ment grâce aux loyers, en cas de krach, l’as­su­reur pour­rait blo­quer les ra­chats. Quant aux fonds en eu­ros « dy­na­miques », « ils sont com­pli­qués à gé­rer car l’as­su­reur doit as­su­rer la ga­ran­tie en ca­pi­tal donc li­mi­ter son ex­po­si­tion en ac­tions afin, en cas de re­tour­ne­ment de mar­ché, de ne pas ser­vir un… ren­de­ment né­ga­tif », ex­plique Cy­rille Char­tier-Kast­ler. Or, en moyenne, un quart de leur ac­tif est com­po­sé d’ac­tions.

Ce n’est pas un ha­sard si ces fonds eu­ros im­mo­bi­liers ne drainent que 0,4% des ver­se­ments sur les fonds en eu­ros, et les dy­na­miques 0,1%. La pro­messe de ren­de­ment ne fait pas tout. La li­qui­di­té et la sé­cu­ri­té priment pour le client. Et ce­lui-ci a tou­jours rai­son !

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