Chance de ouf

“COLORING BOOK”, PAR CHANCE THE RAPPER (MIXTAPE).

L'Obs - - Critiques - FABRICE PLISKIN

Il a la voix du gars qui ar­ti­cule ses pre­mières syl­labes de la jour­née, la bouche en­core pâ­teuse du der­nier spli de la veille. Chan­ce­lor Ben­nett, alias Chance The Rapper, a 23 ans. Son père fut le col­la­bo­ra­teur de l’an­cien maire de Chi­ca­go Ha­rold Wa­shing­ton et du sé­na­teur Ba­rack Oba­ma. Chance The Rapper, qui vient d’avoir une pe­tite fille, est de re­tour avec une troi­sième mixtape, dis­po­nible gra­tui­te­ment sur in­ter­net. Eco­no­miste at­ter­ré, Chance a rme la libre gra­tui­té de son oeuvre, dans un re­frain ob­ses­sion­nel : « Suis-je le seul nig­ga à me sou­cier en­core des mix­tapes ? » (« Mixtape »). Chance de ouf : « Coloring Book » est une su­per ho­mé­lie toute crayon­née de gos­pel (on re­trouve Ka­nye West, au­teur de « Je­sus Walks », sur le titre cui­vré « All We Got »). Quand Chance chante : « We don’t do the same drugs no more », bal­lade au pia­no sur les sym­pa­thies in­ter­rom­pues, on di­rait presque… Ran­dy New­man. Clown triste ou es­piègle, il en­chante par son élo­quence (scan­sion et chant), sa fausse non­cha­lance, son sens de l’as­so­nance. Le genre de drille à su­sur­rer : « Ain’t no Na­la so my Sim­ba ain’t gon be Mu­fa­sa to­night ». Ré­fé­rence let­trée au « Roi Lion » mais aus­si suave ga­lan­te­rie qu’on pour­rait tra­duire ain­si : « Faute de Na­la, mon Sim­ba ne se­ra pas Mu­fa­sa ce soir. »

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