Et la lu­mière vint… du FMI !

L'Obs - - L’Opinion - MATTHIEU CROISSANDEAU M. C.

Ce n’est pas en­core la fin de l’his­toire, mais le dé­but de la re­mise en ques­tion d’un dogme. En pu­bliant dans une très sé­rieuse re­vue du Fonds mo­né­taire in­ter­na­tio­nal un ar­ticle in­ti­tu­lé « Le néo­li­bé­ra­lisme est-il sur­ven­du ? », trois cher­cheurs du cé­lèbre or­ga­nisme ont dé­clen­ché une tem­pête dans le pe­tit monde des éco­no­mistes. Leur thèse, qui n’a rien d’un brû­lot, a le mé­rite de cou­cher noir sur blanc toutes les ques­tions et tous les doutes que sou­lève de­puis qua­rante ans l’ap­pli­ca­tion stricte et uni­forme des re­mèdes du FMI sur les éco­no­mies na­tio­nales.

Que disent ces « hé­ré­tiques » ? Que le fa­meux agen­da néo­li­bé­ral im­po­sé sur tous les conti­nents par les thu­ri­fé­raires de Mil­ton Fried­man n’a pas tou­jours pro­duit les ef­fets es­comp­tés, loin de là ! S’il a, se­lon les au­teurs, par­ti­ci­pé à la ré­duc­tion de la pau­vre­té à l’échelle mon­diale et fa­vo­ri­sé l’es­sor de cer­tains pays émer­gents, il s’est aus­si par­fois ré­vé­lé contre­pro­duc­tif. La concur­rence tous azi­muts et son cor­tège de dé­ré­gu­la­tions, no­tam- ment sur les mar­chés de ca­pi­taux, ont ain­si nour­ri la spé­cu­la­tion et les crises fi­nan­cières. De­puis les an­nées 1980, les ex­perts du FMI en ont re­cen­sé plus de 150 dans 50 pays. Quant aux po­li­tiques d’aus­té­ri­té concoc­tées à coups de ré­duc­tion dras­tique de la dette et des dé­fi­cits, elles ont eu un ef­fet par­fois ca­tas­tro­phique en por­tant un coup d’ar­rêt à l’ac­ti­vi­té éco­no­mique et en contri- buant au dé­ve­lop­pe­ment des in­éga­li­tés. Ce qui plombe in fine la crois­sance.

Le pro­pos n’est pas nou­veau, certes. Il est même por­té de­puis long­temps par tout ce que la pla­nète compte d’éco­no­mistes hé­té­ro­doxes et d’al­ter­mon­dia­listes. Mais le fait qu’il soit pu­blié sous l’égide d’une telle ins­ti­tu­tion lui donne un re­lief par­ti­cu­lier. Et même si le FMI, par la voix de son chef éco­no­miste, s’est em­pres­sé d’ex­pli­quer qu’il ne fal­lait pas en at­tendre d’« in­flexion ma­jeure » ni de « ré­vo­lu­tion », cette étude ico­no­claste tombe à point nom­mé. On rê­ve­rait par exemple qu’elle ap­porte de l’eau au mou­lin de tous ceux qui mi­litent pour un réel al­lé­ge­ment de la dette grecque et non pour un pacte de dupes comme les mi­nistres de la zone euro viennent d’en si­gner un. On rê­ve­rait aus­si qu’elle fasse ré­flé­chir à l’orée de la cam­pagne pré­si­den­tielle en France. A l’heure où une droite re­van­charde s’en­gage dans une course au « plus li­bé­ral que moi tu meurs » et où une gauche sans ima­gi­na­tion est ten­tée de lui em­boî­ter le pas, la note des cher­cheurs du FMI ré­sonne comme un aver­tis­se­ment à tous les Dia­foi­rus de la pen­sée ma­gique. La France a be­soin de se ré­for­mer, c’est une cer­ti­tude. Mais elle mé­rite mieux que la dé­ré­gu­la­tion à tous crins et l’éter­nelle spi­rale du moins­di­sant. Pour des rai­sons de jus­tice so­ciale, bien évi­dem­ment. Mais aus­si, dé­sor­mais, pour des rai­sons de lo­gique éco­no­mique !

Que disent ces “hé­ré­tiques”? Que le fa­meux agen­da néo­li­bé­ral im­po­sé sur tous les conti­nents par les thu­ri­fé­raires de Mil­ton Fried­man n’a pas tou­jours pro­duit les ef­fets es­comp­tés, loin de là !

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