Le coude d’Etat

L'Obs - - Grands Formats - F. R.

En po­li­tique comme ailleurs, il faut tou­jours faire at­ten­tion à qui se trouve dans son dos. Le 18 mai dans l’après-midi, droit sur son banc de la Chambre des Com­munes à Ot­ta­wa, le Pre­mier mi­nistre est aga­cé. Il a le sen­ti­ment que, sur le pro­jet sen­sible de l’aide à mou­rir, qui est en dé­bat, ses ad­ver­saires jouent l’obs­truc­tion. Au re­tour d’une pause, les élus de l’op­po­si­tion ne font-ils pas ex­près de traî­ner pour ne pas re­ga­gner leurs places ? Sor­tant de ses gonds, Trudeau fend le plan­cher qui le sé­pare du camp d’en face et sai­sit le bras du chef du groupe conser­va­teur pour l’ame­ner à son pu­pitre. Ce fai­sant, par mé­garde, il plante son coude dans la poi­trine d’une autre dé­pu­tée de l’op­po­si­tion, qu’il n’avait pas vue. Un coup por­té à une femme ! C’est le drame ! Tout au moins pour les conser­va­teurs, trop contents de te­nir en­fin un angle d’at­taque digne de ce nom contre l’exas­pé­rant chef de gou­ver­ne­ment. Pen­dant les deux heures qui ont sui­vi, on a tout en­ten­du de leur part sur cette vio­la­tion in­ouïe des droits par­le­men­taires et même – tant qu’à faire – sur les femmes bat­tues. Ra­vie de ce grain à moudre, la presse a tar­ti­né pen­dant trois jours sur l’el­bow­gate, « l’af­faire du coude ». Mar­ri de son faux pas, le Pre­mier mi­nistre a joué la digne contri­tion : on l’a en­ten­du s’ex­cu­ser trois fois. A ce qu’on a pu lire sur les ré­seaux so­ciaux et en­tendre ici et là, il n’a pour­tant pas trop de sou­ci à se faire. Le coup de coude n’a pas bous­cu­lé d’un io­ta sa po­pu­la­ri­té, dé­ci­dé­ment in­amo­vible : « Il est jeune, dit un de nos in­ter­lo­cu­teurs, c’est nor­mal qu’il ait de l’éner­gie. »

Un in­ci­dent à la Chambre des Com­munes, le 18 mai.

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