Il veut faire chan­ter Sten­dhal

Trans­for­mer “le Rouge et le Noir” en chan­sons, c’est le job de Vincent Ba­guian, dé­jà au­teur de co­mé­dies mu­si­cales qui s’ex­portent jus­qu’en Co­rée

L'Obs - - Culture - SO­PHIE DELASSEIN

Et main­te­nant, « le Rouge et le Noir ». A la ren­trée, sur la scène pa­ri­sienne du Pa­lace, une troupe de chan­teurs-co­mé­diens va trans­for­mer le chefd’oeuvre de Sten­dhal en opéra rock. Pro­duit par Al­bert Co­hen, le spec­tacle ra­con­te­ra la pas­sion, uni­ver­selle, in­tem­po­relle, d’un jeune dé­mu­ni (Ju­lien So­rel) et d’une femme ma­riée de la bour­geoi­sie (Mme de Rê­nal). L’au­teur, lui, s’ap­pelle Vincent Ba­guian. Per­sonne ne connaît son nom, mais ses chan­sons font le tour du monde. De 1991 à 2007, ce pu­bli­ci­taire a d’abord ten­té sa chance en so­lo, avec des textes ma­li­cieux et in­ti­mistes ; il a dû se conten­ter, pour ses quatre al­bums, d’un suc­cès d’es­time. Avec Za­zie, en 2003, il a créé le conte mu­si­cal « Sol en Cirque », des­ti­né au jeune pu­blic, au pro­fit de l’as­so­cia­tion Sol en Si (« So­li­da­ri­té En­fants Si­da »). Ca­brel, Mau­rane, Jo­nasz, Sou­chon et même Claude Nou­ga­ro chantent alors ses mots. L’af­faire l’oc­cupe cinq ans, puis Ba­guian flirte avec le vide : « La pub s’est ar­rê­tée, mes chan­sons ne mar­chaient pas. J’avais une fa­mille à nour­rir et pas le moindre pro­jet. » Jus­qu’au jour où il re­çoit un coup de fil de Dove At­tia.

A pre­mière vue, ces deux-là ne vivent pas sur la même pla­nète : At­tia, pro­duc­teur et au­teur, car­tonne grâce aux « Dix Com­man­de­ments » et au « Roi So­leil » avec son as­so­cié Al­bert Co­hen. Et voi­là qu’il pro­pose à Ba­guian de co­écrire son opéra rock sur la vie de Mo­zart. « J’avais un peu honte, les co­mé­dies mu­si­cales me pa­rais­saient rin­gardes, avoue Ba­guian. Mais quand j’ai trou­vé la for­mule avec “l’As­sa­sym­pho­nie”, je me suis dit que je pou­vais écrire pour ce type de spec­tacle sans tom­ber dans les niai­se­ries amou­reuses que l’on y en­tend gé­né­ra­le­ment. » Après le triomphe de « Mo­zart, l’opéra rock » en 2009 au Pa­lais des Sports, il en­chaîne avec « 1789, les amants de la Bas­tille », « Mis­tin­guett, reine des an­nées folles » et au­jourd’hui « le Rouge et le Noir », donc, en co­écri­ture avec sa co­pine Za­zie. Il se fé­li­cite de son choix de vie : « Ecrire pour des chan­teurs est un en­fer, ils ne res­pectent pas l’au­teur, exigent de chan­ger un mot, un vers. Pour les co­mé­dies mu­si­cales, ce sont les pro­duc­teurs qui va­lident les chan­sons. Je m’y sens plus libre, tant ar­tis­ti­que­ment que fi­nan­ciè­re­ment. »

Plu­tôt que d’être uni­que­ment au ser­vice du li­vret, sa par­ti­cu­la­ri­té est d’écrire des textes in­dé­pen­dants les uns des autres, afin qu’ils té­moignent de « l’état d’âme du per­son­nage », mais aus­si que cha­cun puisse s’y re­con­naître. Et ça marche très fort, pas que dans la fran­co­pho­nie. Si Broad­way de­meure la ré­fé­rence, le sa­voir-faire à la fran­çaise s’ex­porte dé­sor­mais. « Mo­zart, l’opéra rock » a tour­né au Ja­pon, en Rus­sie, en Ukraine et même aux Etats-Unis. En Co­rée, les chan­sons seules ont été in­ter­pré­tées au son d’un or­chestre sym­pho­nique. Et il est res­té trois mois à l’af­fiche à Séoul. « Je rentre du Ja­pon où “1789, les amants de la Bas­tille” triomphe », dit en­core Ba­guian. Le ta­lent d’Al­bert Co­hen et de ses as­so­ciés y est pour quelque chose. Ja­dis, ils avaient ima­gi­né « les Dix Com­man­de­ments » comme le point de dé­part d’un bu­si­ness in­ter­na­tio­nal gé­ré par Guillaume La­gorce. « Le spec­tacle s’est ex­por­té en Co­rée, Chine, Ita­lie et Rus­sie en fran­çais avec les tra­duc­tions sur des écrans comme à l’Opéra. Pour les Etats-Unis, une ver­sion an­glaise a exis­té », ex­plique Co­hen. Au­jourd’hui, La­gorce a noué des contacts avec plus de 70 pro­duc­tions étran­gères. Il fait même par­tie de la Broad­way League, le porte-pa­role du mé­tier à l’in­ter­na­tio­nal. Chaque fois qu’une pro­duc­tion fran­çaise se joue à l’étran­ger, toute la troupe s’ex­pa­trie des se­maines du­rant. « Sauf en cas de li­cence dans le pays d’ac­cueil, où ce sont des ar­tistes lo­caux qui rem­placent les co­mé­diens fran­çais. » Fi­nan­ciè­re­ment, ces ex­ploi­ta­tions étran­gères sont plus qu’un bo­nus. C’est le jack­pot.

« Le Rouge et le Noir » pour­ra-t-il s’ex­por­ter aus­si ? « En chaque per­son­nage, il y a une dua­li­té : un cô­té noble et un autre qui ne l’est pas. Comme en cha­cun de nous », dit Ba­guian. « J’en suis convain­cu, an­nonce Al­bert Co­hen. C’est un best-sel­ler dans pas mal de pays. Et puis la di­rec­tion ar­tis­tique de cet opéra rock ré­pond aux exi­gences des pro­duc­teurs étran­gers sus­cep­tibles de l’ex­por­ter. » Co­co­ri­co. « Le Rouge et le Noir, l’opéra rock », du 22 sep­tembre au 31 dé­cembre 2016, Le Pa­lace, Pa­ris.

PAR JÉ­RÔME GARCIN

Le croi­rez-vous ? Le dé­pu­té qui ne payait pas ses im­pôts (ni la can­tine de ses filles) paie sa dette aux écri­vains. Si les pre­miers ont fi­ni par le coin­cer, les se­conds l’au­raient sau­vé. Tho­mas Thévenoud, 42 ans, le plus éphé­mère se­cré­taire d’Etat (9 jours) et, der­rière Jé­rôme Cahuzac, le plus ré­prou­vé, confesse son ad­dic­tion à la lit­té­ra­ture – de Bal­zac à Var­gas Llo­sa – dans « Une pho­bie fran­çaise » (Grasset, 20 eu­ros), un tré­sor pour l’école freu­dienne. Voi­ci en ef­fet un homme qui a long­temps re­fu­sé de dé­ca­che­ter son cour­rier, mais qui n’a ja­mais ces­sé d’ou­vrir des livres. Son ar­gu­ment ? Il sa­vait dé­jà les fac­tures et les ar­rié­rés que conte­naient les en­ve­loppes, alors qu’il igno­rait jus­qu’où les ro­mans pou­vaient le me­ner. Drôle de fa­çon, pour un jeune so­cia­liste qui se rê­vait écri­vain, de faire de la po­li­tique en ré­pu­diant le réel et lui pré­fé­rant l’ima­gi­naire. Tout com­men­ça avec Phi­lippe Sol­lers, dont il connais­sait l’oeuvre par coeur et dont il lut d’un seul souffle, l’en­re­gis­trant sur quinze cas­settes, l’in­té­grale sans ponc­tua­tion de « Pa­ra­dis ». « Vous avez chan­gé ma vie », lui avoua-t-il le jour où il croi­sa son idole près du Val-de-Grâce. Quelques an­nées plus tard, après le scan­dale de ses in­nom­brables im­payés et sa des­ti­tu­tion pu­blique, Tho­mas Thévenoud, cet adepte de la pro­cras­ti­na­tion, se ré­fu­gia dans « Mi­chel Stro­goff », de Jules Verne : « C’est, ré­sume-t-il, l’his­toire d’un homme qui a per­du la vue et qui conti­nue d’avan­cer. » Plus loin, il avoue que, dans ses mo­ments de grande dé­prime, il trouve tou­jours « une rai­son d’es­pé­rer » dans les livres. Même dans le sien ? J. G.

HU­MEUR

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