Le cirque de la vie

GRAND CIRQUE DÉGLINGUE, PAR MAR­CO LODOLI, TRA­DUIT DE L’ITA­LIEN PAR LOUISE BOUDONNAT, P.O.L, 158 P., 16 EU­ROS.

L'Obs - - Critiques - VÉ­RO­NIQUE CASSARIN-GRAND

Ce pe­tit livre est pa­ru en Ita­lie en 1993, l’an­née de la dis­pa­ri­tion de Fe­de­ri­co Fel­li­ni. Comme un hom­mage au Maes­tro, que Mar­co Lodoli (pho­to) avait ren­con­tré l’an­née pré­cé­dente et avec le­quel il avait tis­sé des liens ami­caux, les per­son­nages de cette fable semblent tout droit sor­tis des « Vi­tel­lo­ni ». Mar­co Lodoli, qui aime à ex­plo­rer les se­crets de la vie par la voix des mar­gi­naux, met ici en scène un trio d’ado­les­cents at­tar­dés et anar­chistes : Roc­co, concierge de ly­cée et idéo­logue de la bande, Rug­ge­ro, pro­fes­seur sans qua­li­té, et Ma­ria­no, mi-étu­diant, mi-voyou. Leur lutte pour une « so­cié­té nou­velle, pure, noble » se tra­duit en ac­tions aus­si lou­foques qu’éphé­mères, telles que le rapt de l’En­fant Jé­sus dans sa crèche à la veille de Noël « pour évi­ter à cet en­fant de fi­nir sur la Croix » ou l’unique re­pré­sen­ta­tion du « Grand Cirque Déglingue », où ils ont réuni un ga­ra­giste mal­voyant et son chien am­pu­té d’une patte, un illu­sion­niste dé­pres­sif, un pa­ra­plé­gique et un man­chot. Et il y a Sara, qui, telle une déesse loin­taine, a lais­sé une trace en­chan­tée dans la mé­moire de ces trois éga­rés et dont l’au­teur ne ré­vé­le­ra qu’à la fin de l’his­toire la rai­son de la longue ab­sence. Dans le grand cirque de la vie, Lodoli a choi­si son nu­mé­ro : jon­gleur de rêves. On ap­plau­dit.

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