Je suis Pa­ris

LE PA­RIS DE HUGO, PAR NI­COLE SAVY, ÉDI­TIONS ALEXANDRINES, 136 P., 7,90 EU­ROS.

L'Obs - - Critiques - GRÉ­GOIRE LEMÉNAGER

Il n’y en a pas tant que ça, des poètes qui meurent dans une rue por­tant leur nom. Vic­tor Hugo est mort ave­nue Vic­tor-Hugo, à Pa­ris, le 22 mai 1885. Un à deux mil­lions de per­sonnes ont dé­fi­lé pour lui dire adieu. Ce géant, qu’on avait joué au Théâtre-Fran­çais et qui avait col­lec­tion­né des maî­tresses dans toutes les rues, avait été dé­pu­té de Pa­ris et sé­na­teur de la Seine, fi­nis­sant à l’ex­trême gauche un par­cours com­men­cé dans les rangs mo­nar­chistes. Sa tête mise à prix par Na­po­léon le Pe­tit, il avait fui « la ville na­tale de son es­prit » dans un ha­bit d’ou­vrier pour ne « ren­trer » qu’avec la li­ber­té, dix-neuf ans plus tard. Ça ne l’a pas em­pê­ché de re­cons­ti­tuer, à dis­tance, la to­po­gra­phie de la ca­pi­tale des « Mi­sé­rables ». Il de­vait la trou­ver à sa dé­me­sure, sug­gère ce re­mar­quable pe­tit ou­vrage de Ni­cole Savy. Car pour Hugo, an­ti­dote à tous les na­tio­na­listes bas du front : « Pa­ris est sy­no­nyme de Cos­mos. Pa­ris est Athènes, Rome, Sy­ba­ris, Jé­ru­sa­lem, Pan­tin. Toutes les ci­vi­li­sa­tions y sont en abré­gé, toutes les bar­ba­ries aus­si. » Mais en­core : « Et sa­vez-vous pour­quoi Pa­ris est la ville de la ci­vi­li­sa­tion ? C’est parce que Pa­ris est la ville de la Ré­vo­lu­tion… »

Fu­né­railles de Vic­tor Hugo, le 1er juin 1885

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