Per­vers pé­père

Chez Di­dier van Cau­we­laert, le li­ber­ti­nage fa­vo­rise la ré­in­car­na­tion. On reste per­plexe ON DI­RAIT NOUS, PAR DI­DIER VAN CAU­WE­LAERT, ALBIN MI­CHEL, 355 P., 20,90 EU­ROS.

L'Obs - - Critiques - VIR­GI­NIE CRESCI

Dans sa li­vrai­son an­nuelle, Di­dier van Cau­we­laert, prix Gon­court 1994 pour « Un al­ler simple », mêle à son ob­ses­sion bien connue pour la ré­in­car­na­tion un in­té­rêt aus­si sou­dain qu’in­at­ten­du pour la « pré­ca­ri­té » des jeunes. Dans « On di­rait nous », le voi­ci qui nous conte l’idylle de So­line, une vio­lon­cel­liste fau­chée, et d’Il­lan, un agent im­mo­bi­lier, qui s’aiment sans un sou. Ses tour­te­reaux sont si pauvres qu’ils font leurs courses au Mo­no­prix Gour­met, paient avec des es­pèces re­ti­rées au gui­chet de HSBC et vivent dans un quatre-pièces de la butte Mont­martre – on voit comme l’au­teur s’y connaît en pré­ca­ri­té. L’a aire de­vient sé­rieuse lorsque leurs voi­sins d’en face, un couple de no­na­gé­naires, sonnent chez eux pour les com­pli­men­ter sur leurs ébats sexuels « agréables à re­gar­der ». Une ami­tié se tisse entre les quatre per­son­nages, les an­ciens pro­je­tant sur les jeunes gens un peu de pas­sion éteinte et beau­coup de fan­tasmes. A l’évi­dence, l’au­teur s’ad­mire en psy­cho­logue « in­ter­gé­né­ra­tion­nel », mais son lec­teur est per­plexe de­vant tant de pué­ri­li­té.

Tan­dis qu’il s’im­misce de plus en plus dans la sexua­li­té du couple, le vieux Georges, an­cien pro­fes­seur de lin­guis­tique à la Sor­bonne (les uni­ver­si­taires ap­pré­cie­ront), lance une « pro­po­si­tion in­dé­cente » au jeune Il­lan : faire un en­fant à So­line, pour y ré­in­car­ner sa femme, une In­dienne d’Alas­ka at­teinte de la ma­la­die de Char­cot qui va mou­rir bien­tôt, moyen­nant un ver­se­ment de plus d’un mil­lion d’eu­ros. Suivent 300 pages de phi­lo­so­phie cau­we­laer­tienne, d’où il res­sort que la femme par­faite est « aus­si chré­tienne que li­ber­tine », pour­vue de jambes évi­dem­ment in­ter­mi­nables, de fesses for­cé­ment re­bon­dies, et in­évi­ta­ble­ment d’« un bon 90 C ». Tou­jours nue, sur­tout de­vant les in­vi­tés à l’heure de l’apé­ro et du cake aux olives, c’est la reine de la fel­la­tion, sur­tout le di­manche au parc, sous « le Fi­ga­ro » du week-end. En plus des joies du sexe, la belle consomme chaque ma­tin les cendres de la vieille dame, conser­vées dans un pot de confi­ture Bonne Ma­man, ce qui va bien en­ten­du fa­vo­ri­ser la mé­tem­psy­chose dans l’en­fant à naître. Di­dier van Cau­we­laert a ap­pe­lé son ro­man « On di­rait nous ». On di­rait lui sur­tout.

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