La Mouette tout en haut

LA MOUETTE, D’ANTON TCHEKHOV. JUS­QU’AU 25 JUIN, 20 HEURES, ODÉON-THÉÂTRE DE L’EU­ROPE, PA­RIS-6E ; 01-44-85-40-40.

L'Obs - - Critiques - JACQUES NERSON

Le met­teur en scène al­le­mand Tho­mas Os­ter­meier a beau al­ler sur ses 48 ans, il bous­cule de nou­veau les tra­di­tions en ajou­tant du texte à « la Mouette ». Sans com­plexe. Un cou­plet très ri­go­lo nous a été ser­vi l’autre soir sur le sui­visme de ses col­lègues qui font sur­en­chère d’images vi­déo. Pas de quoi crier au scan­dale. Si l’on prend quelques li­ber­tés avec lui, Tchekhov ne s’en porte pas plus mal. En­core faut-il que les­dites li­ber­tés lui pro­fitent. Sup­pri­mer de la pièce l’in­ten­dant et sa femme, Pau­li­na, amoin­drit par contre­coup deux autres per­son­nages : leur fille Ma­cha, amou­reuse à la fo­lie de Kons­tan­tin sans être payée de re­tour. Et aus­si le mé­de­cin, don Juan fa­ti­gué qui traîne comme un boulet sa vieille liai­son avec Pau­li­na. Aus­si fort que soit le pou­voir d’évo­ca­tion de la toile de fond bros­sée à l’encre noire par Ma­rine Dillard au cours du spec­tacle, on pré­fé­re­rait s’en pas­ser que d’être pri­vé d’une scène aus­si im­por­tante que celle où Ma­cha pro­met, pour tran­quilli­ser sa mère, d’ar­ra­cher de son coeur son amour mal­heu­reux. Dans la ver­sion de Lu­cian Pin­ti­lie, Eve­lyne Is­tria fai­sait pleu­rer la salle en­tière à ce mo­ment-là. Ja­mais le spec­tacle d’Os­ter­meier n’ap­porte pa­reille émo­tion.

Autre re­gret, sa mise en scène et la tra­duc­tion d’Oli­vier Ca­diot, très réus­sie par ailleurs, em­pêchent d’écou­ter le mo­no­logue ré­ci­té par Ni­na sur le pe­tit théâtre de ver­dure au bord du lac. Le poème, clin d’oeil du Tchekhov de 35 ans au Tchekhov dé­bu­tant, n’est pour­tant pas sans beau­té. Il in­dique que la mère de Kons­tan­tin, te­nante d’un théâtre plus aca­dé­mique, a tort de l’écra­ser de son mé­pris. Ce n’est pas par conser­va­tisme qu’on re­grette que l’élé­gie soit ren­due in­écou­table, mais parce qu’elle montre que le jeune au­teur est doué.

Il est en re­vanche une qua­li­té qu’on ne dis­pu­te­ra pas à Os­ter­meier, c’est son art de dé­ni­cher des ac­teurs et de les di­ri­ger. Si les uns, comme Va­lé­rie Dré­ville (pho­to, au centre), Fran­çois Lo­ri­quet (à droite) ou Sé­bas­tien Pou­de­roux (à gauche), nous sont dé­jà fa­mi­liers, les autres, à com­men­cer par Matthieu Sam­peur, Mé­lo­die Ri­chard et Bé­né­dicte Ce­rut­ti (à gauche), étaient en­core peu connus. Tous sont éblouis­sants. Alors, c’est vrai, cette « Mouette » ne donne pas un choc com­pa­rable au « Ri­chard III » pré­sen­té l’été der­nier par Os­ter­meier. Mais l’ex­cel­lence de son in­ter­pré­ta­tion en fait un spec­tacle à ne pas lais­ser pas­ser.

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