FA­RY

A 24 ans, l’hu­mo­riste à sa­rouels est la star du Point Vir­gule. Son style ? Il aborde les su­jets lé­gers avec pro­fon­deur et avec lé­gè­re­té les su­jets lourds

L'Obs - - Tendances - Par MA­RIE VATON

QUI EST IL ?

Avant de faire ba­ver de rire Léa Sa­la­mé, le 21 mai der­nier, l’hu­mo­riste Fa­ry Lopes, 24 ans, était re­la­ti­ve­ment in­con­nu du grand pu­blic. In­vi­té sur le pla­teau d’« On n’est pas cou­ché » en di­rect de Cannes, il a ré­veillé un Fes­ti­val ra­soir et com­pas­sé en dé­tour­nant la vanne ra­tée de l’ac­teur Laurent La­fitte à pro­pos de Woo­dy Al­len et de Ro­man Po­lans­ki. « Comme c’est un mo­nu­ment du ci­né­ma, Woo­dy Al­len, on n’a pas le droit de par­ler des ac­cu­sa­tions de pé­do­phi­lie ? Quel mes­sage on en­voie à Jean-Luc La­haye ? T’avais qu’à chan­ter mieux ? » Puis il a en­chaî­né, faus­se­ment in­gé­nu : « On est quand même dans un monde où, quand on fait des vannes sur un réa­li­sa­teur ac­cu­sé de viol, on doit pré­ci­ser le­quel. » Fé­roce jus­qu’au bout, il a ache­vé sa pas­tille pieds dans le plat en ca­sant tour à tour Nuit de­bout, Ma­rine Le Pen et Maître Gims, « le seul Noir sur le ta­pis rouge », avec un pe­tit tacle, au pas­sage, contre Laurent Ru­quier : « Vous vou­lez dire de per­sonnes blacks ? – Non, de Noirs, parce qu’on dit Noirs. » Bam.

QUE FAIT IL ?

Ex­té­rieu­re­ment, Fa­ry a che tous les signes de l’hu­mo­riste qui monte : pe­tit bouc taillé au cor­deau, chi­gnon, lu­nettes de dan­dy, sa­rouels ja­po­ni­sants et at­ta­ché de presse lé­gè­re­ment en sur­chau e. Il peut se le per­mettre : ces deux der­nières an­nées, Fa­ry a fait salle comble au my­thique Point Vir­gule, à Pa­ris (une pre­mière en qua­rante ans). De­puis, il s’est pro­duit, tou­jours à gui­chets fer­més, à La Ci­gale, à Bo­bi­no, au Théâtre An­toine, au Châ­te­let, au Tria­non puis au Grand Point Vir­gule (1). Grand ad­mi­ra­teur du stand-up amé­ri­cain – il vé­nère Ch­ris Rock et Bill Burr, il sait l’im­por­tance du flow et des si­lences. Ele­vé à l’école du Ja­mel Co­me­dy Club, ce fan ab­so­lu d’Elie Ka­kou aborde les su­jets lé­gers avec pro­fon­deur – la mode, le consu­mé­risme, la dic­ta­ture des likes, le nar­cis­sisme des sel­fies – et avec lé­gè­re­té les su­jets lourds : ra­cisme, ho­mo­pho­bie, es­cla­vage, re­li­gions. Sur Ch­ris­tiane Tau­bi­ra com­pa­rée à un singe, par exemple : « Moi, à titre per­son­nel, en tant que Noir, non, ça m’a pas cho­qué. […] Si on se vexe de la com­pa­rai­son, ça vou­drait dire que même nous, on a le doute. […] Pour­quoi tu te vexes si on te dit “fils de pute”? Ta mère, tu la connais. »

D’OÙ VIENT IL ?

Quand son père re­part au Cap-Vert, Fa­ry a 12 ans et plonge dans l’hu­mour pour égayer la mai­son. Au ly­cée, à Saint-Maur-desFos­sés, il fait le pitre et se fait re­pé­rer par sa prof d’his­toire-géo, qui lui écrit ses pre­miers sketchs. Après un pas­sage au Cours Florent, Fa­ry fait ses classes au Pa­name Art Ca­fé et tape dans l’oeil de l’hu­mo­riste Ja­son Bro­kerss et de Ka­der Aoun, le men­tor du stand-up fran­çais, qui co­écrivent au­jourd’hui tous ses spec­tacles. « J’avais peur au dé­part de l’image d’“hu­mour ban­lieue” as­so­ciée au Co­me­dy Club, dit-il. Ka­der Aoun m’a dé­com­plexé et m’a ap­pris à me lâ­cher. » (1) Re­prise le 25 août pro­chain.

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