HU­MEUR

L'Obs - - Culture - PAR JÉ­RÔME GAR­CIN J. G.

Dé­jà, en 1988, alors qu’il ré­di­geait sa propre né­cro­lo­gie pour un dic­tion­naire, Da­niel De­pland ne se fai­sait pas d’illu­sions : « Le jour où il dis­pa­raî­tra, per­sonne ne son­ne­ra les cloches, je vous le jure. » Loin de son Limousin na­tal, il s’est éteint, le 24 mai der­nier, à Londres, dans sa mai­son en brique du quar­tier ja­maï­cain de Ha­ck­ney, et per­sonne, en e et, n’a son­né les cloches. Il avait 71 ans, un rire d’éter­nel ado­les­cent et, di­sait-il, une ti­gnasse de « les­bienne gri­son­nante ». Ce­la fai­sait long­temps que l’au­teur, pu­blié au­tre­fois chez Gal­li­mard, Cal­mann-Lé­vy, Gras­set, du « Cirque des tem­pêtes », de « l’Homme vê­tu de lin », de « Mes pu­tains sa­crées », l’ar­chi­tecte des bour­gades ima­gi­naires de Pro­priac ou Co­mo­do­liac, le dis­ciple de Luis Buñuel et de Violette Le­duc avait ces­sé de vou­loir plaire à un pays qui le com­pre­nait si mal. Son style était trop ba­roque, son ima­gi­na­tion trop dé­bor­dante et sa fo­lie trop pro­vo­cante pour la France des rai­son­neurs grin­cheux. Alors, comme son mo­dèle, l’an­dro­gyne che­va­lier d’Eon, il s’était exi­lé il y a un de­mi­siècle en An­gle­terre, où il par­ta­geait la vie d’un an­cien fos­soyeur de­ve­nu bro­can­teur, pré­ten­dait « dés­li­per le lan­gage » dans des ro­mans fu­ri­bonds, écou­tait le vent lui ra­con­ter « des choses que les nuages pensent », et fré­quen­tait, à la nuit tom­bée, des voyous ma­gni­fiques. Da­niel De­pland était un écri­vain hors norme, que les Fran­çais n’ont pas su lire et qui, à la fin, ne trou­vait même plus d’édi­teur. Il était di érent, il est mort dans l’in­di érence. Quelle tris­tesse, et quel gâ­chis.

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