Le grand mas­sacre des chats

LES CHATS DE LA RUE SAINT-SÉ­VE­RIN, PAR ANNE-MA­RIE MIT­CHELL, LU­CIEN SOUNY, 240 P., 18,50 EU­ROS.

L'Obs - - Critiques - VÉ­RO­NIQUE CASSARIN-GRAND

Dans la nuit du 16 au 17 no­vembre 1730, des ty­po­graphes de la rue Saint-Sé­ve­rin mas­sa­crèrent des « grouillées » de chats dont la Grise, la chatte ado­rée de leurs pa­trons, pour se ven­ger de leurs condi­tions de travail. C’est de ce fait di­vers, qui se­rait tom­bé dans l’ou­bli si Ni­co­las Con­tat ne l’avait re­la­té dans ses « Mé­moires d’un ou­vrier ty­po­graphe », pu­bliés en 1762, qu’Anne-Ma­rie Mit­chell s’est ins­pi­rée pour ima­gi­ner l’en­quête po­li­cière qui dé­mas­que­ra les cou­pables de cette atroce bou­che­rie. En sui­vant le com­mis­saire Gra­tien Chan­te­reau tou­jours flan­qué de son chien Pug et son ad­joint Mel­chior Don­na­dieu, Mit­chell, sous le plai­doyer de la cause ani­male, res­ti­tue avec mi­nu­tie le lan­gage et l’am­biance de ce Pa­ris du siècle, qui vit alors sous le règne du jeune Louis XV, où se cô­toient per­ruques pou­drées, ar­ti­sans, es­pions de la po­lice et gens du peuple. On y croise même quelques « people » de l’époque tels Si­méon Char­din, De­nis Di­de­rot et Jean-Jacques Rous­seau. Et le nar­ra­teur, qui tient en ha­leine le lec­teur jus­qu’au dé­noue­ment in­at­ten­du de cette sombre his­toire, ne se prive pas de glis­ser dans la bouche de ses pro­ta­go­nistes quelques sa­vou­reuses cri­tiques du ca­rac­tère fran­çais « en qui on n’aper­çoit rien de grand que l’opi­nion qu’il a de lui-même ».

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