L’OUT­SI­DER PAR CH­RIS­TOPHE BAR­RA­TIER

L'Obs - - Critiques - FRAN­ÇOIS FO­RES­TIER

Drame fran­çais, avec Ar­thur Du­pont, Fran­çois-Xa­vier De­mai­son, Sa­bri­na Oua­za­ni (1h57).

Dans le genre « wes­tern fi­nan­cier », une jo­lie réus­site : Ch­ris­tophe Bar­ra­tier ra­conte le par­cours de Jé­rôme Ker­viel (in­car­né par Ar­thur Du­pont, à l’ar­rière-plan sur la pho­to), tra­der à la So­cié­té gé­né­rale, jus­qu’à sa chute (mais pas au-de­là). Ce pa­rieur in­vé­té­ré, qui a joué avec l’ar­gent de la banque à des hau­teurs ver­ti­gi­neuses, est-il un dingue, un as­soif­fé de pou­voir, un in­toxi­qué du jeu, ou, sim­ple­ment, un pi­geon ? Le ci­néaste ne juge pas, il se borne à mon­trer la fièvre des salles de mar­ché, l’ap­pé­tit du sys­tème qui pousse à la ren­ta­bi­li­té maxi­male, la to­lé­rance hy­po­crite de la hié­rar­chie, qui ne voit que l’ac­cu­mu­la­tion de po­gnon. His­toire vraie, exem­plaire des dé­rives odieuses du sys­tème – un ca­pi­ta­lisme gan­gre­né par la fi­nance, dans le­quel la pro­duc­tion de va­leurs n’est plus rien. Comme « Mar­gin Call » ou « Wall Street », le film dé­crit les mé­ca­nismes du dé­sastre et la dé­gra­da­tion des re­la­tions hu­maines. La fraude – 4,9 mil­liards d’eu­ros – est juste dé­plai­sante. Le pro­ces­sus de dé­li­ques­cence, voire de pu­tré­fac­tion, des êtres, est, lui, ter­ri­fiant. Bar­ra­tier (« les Cho­ristes ») trans­forme un fait di­vers en fable pas­sion­nante : le fric corrode tout.

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