Tout sur le « O »

L’autre Festival d’Avi­gnon, le “o ”, a 50 ans et il pro­pose cet été près de 1 500 spec­tacles. Ex­pli­ca­tions

L'Obs - - Le Sommaire - JACQUES NERSON

“IN” OU “OFF” ?

On em­ploie les termes « o » et « in » pour di éren­cier les deux fes­ti­vals de théâtre qui se dé­roulent au même mo­ment à Avi­gnon. Le mot«o»aé­téim por­té des Etats-Unis. Il dis­tin­guait les salles avant-gar­distes new-yor­kaises, dites « o Broad­way », des grands théâtres du quar­tier, plus com­mer­ciaux. Puis, quand le « o » s’est em­bour­geoi­sé, est a pp arul ’« o-o- Broad­way ». A no­ter qu’à Avi­gnon le festival ins­ti­tu­tion­nel ne se qua­li­fie ja­mais lui­même de festival « in ». Il se veut LE festival. Néan­moins cette an­née le di­rec­teur du « in » s’est poin­té pour la pre­mière fois à la confé­rence de presse du « o ».

NAISSANCE DU OFF

Quand en 1947 Jean Vi­lar a mon­té au Pa­lais des Papes « la Tra­gé­die du roi Richard II » de Sha­kes­peare, il ne pré­voyait pas que son festival al­lait connaître une telle ex­pan­sion. En 1966, sa du­rée est por­tée à un mois. C’est aus­si la naissance du « o ». L’an­née où André Be­ne­det­to dé­cide de mon­ter – sans l’aval de Vi­lar – sa pièce « Sta­tues » au Théâtre des Carmes, qu’il di­rige. Un crime de lèse-festival à l’époque. Mais le re­belle ré­ci­dive. Et ap­pelle à en­voyer « les classiques au po­teau, la culture à l’égout ». L’an­née sui­vante, d’autres jeunes com­pa­gnies se pas­se­ront de l’ac­cord de Vi­lar pour ve­nir à Avi­gnon.

LE “OFF” DE MAI 68

Mai-68 a eu de vio­lentes ré­pliques à Avi­gnon. Tout com­mence avec l’in­ter­dic­tion d’une pièce de Gé­rard Ge­las, « la Paillasse aux seins nus », qui de­vait se jouer à Villeneuve-lès-Avi­gnon. Villeneuve a beau se trou­ver dans le Gard, de l’autre côté du pont, la ré­volte fran­chit le Rhône et gagne Avi­gnon. Vi­lar, qui n’y est pour rien, se fait conspuer par les contes­ta­taires : « Vi-lar Sa-la-zar ! Vi-lar Sa-la-zar ! » Le « o » est alors le foyer de la contes­ta­tion.

1 416 SPEC­TACLES

Jean-Jacques Lebel, pion­nier du hap­pe­ning en France, ac­cu­sait en 1968 le festival de Vi­lar d’être de­ve­nu un su­per­mar­ché de la culture. C’est au « o » qu’on pour­rait en faire le re­proche au­jourd’hui. Son gi­gan­tisme ga­lo­pant ne semble pas près de se cal­mer. 1 416 spec­tacles ré­par­tis dans 129 lieux sont pré­vus cet été. Tout en gran­dis­sant, le « o » s’est consi­dé­ra­ble­ment as­sa­gi. Avant-gar­diste à ses dé­buts, il est de­ve­nu plus grand pu­blic que le « in », le­quel ne pro­gramme plus que du théâtre pour hap­py few (ce qui ne veut pas dire mau­vais). Dé­sor­mais, c’est dans le « o » qu’on trouve des spec­tacles ac­ces­sibles à tous. Néan­moins les deux fes­ti­vals vivent en sym­biose. On a vu en 2003, avec la grève des in­ter­mit­tents du spec­tacle et l’an­nu­la­tion du « in », que le « o » avait du mal à vo­ler de ses propres ailes.

LE MEILLEUR ET LE PIRE

Au cours de sa confé­rence de presse, Ray­mond Ya­na, ré­cem­ment élu à la pré­si­dence du « o », a rap­pe­lé qu’il ne s’agit pas d’un festival : per­sonne n’en choi­sit le pro­gramme. Ce sont les com­pa­gnies qui louent telle ou telle salle pour y jouer tel ou tel spec­tacle. Il y a de tout. Le meilleur et le pire. Les dé­bu­tants les plus mal­ha­biles comme les pro­fes­sion­nels les plus che­vron­nés. De la grasse mar­rade de ca­fé-théâtre et des spec­tacles ex­pé­ri­men­taux. Des salles confor­tables, bien équi­pées, cli­ma­ti­sées, et de vé­ri­tables mai­sons d’abat­tage, gour­bis sur­chau és où les ac­teurs sont sou­mis à des ca­dences in­fer­nales. Aux fes­ti­va­liers de pas­ser au crible l’épais jour­nal gra­tuit du « o ».

QUELLES VE­DETTES ?

Pour ceux qui re­cherchent les têtes connues, voi­ci quelques noms gla­nés dans le pro­gramme : Clé­men­tine Cé­la­rié et Pierre Cas­si­gnard dans « Da­rius », de Jean-Be­noît Pa­tri­cot (Chêne noir, 19 heures); la même Clé­men­tine Cé­la­rié dans « le Monde de Ri­ta » (Le Chien qui fume, 16 heures) ; Eric-Em­ma­nuel Sch­mitt dans son mo­no­logue « Mon­sieur Ibra­him et les fleurs du Co­ran » (Chêne noir, 17h15) ; Bru­no Put­zu­lu dans « l’Attentat », de Yas­mi­na Kha­dra (Théâtre des Halles, 19 heures) ; Fred Tes­tot dans « Presque seul » (Le Pa­lace, 22h05) ; Ariane As­ca­ride dans « Tou­chée par les fées » (Le Petit Louvre 16h35) ; Francis La­lanne qui joue dans « J’ai hâte d’ai­mer », dont il est l’au­teur (Théâtre du Balcon, 10h30), dans « Un tram­way nom­mé Dé­sir » de Ten­nes­see Williams (Col­lège de la Salle, 16 heures) et dans un autre texte, « D’un commun ac­cord » (Le Chien qui fume, 22h30). On vous sou­haite bonne pêche.

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