Oli­vier Rou­steing

Ce sty­liste tren­te­naire, ami des stars, voit sa marque Bal­main ra­che­tée ce mois-ci par un fonds qa­ta­ri

L'Obs - - 10 Choses À Savoir Sur… - AR­NAUD SAGNARD

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QA­TA­RI Il n’y a pas que le mi­lieu de la mode qui a no­té la ré­sur­gence ful­gu­rante de Bal­main aux mains d’Oli­vier Rou­steing. La se­maine der­nière, le fonds d’in­ves­tis­se­ment May­hoo­la For In­vest­ments, a lié à la fa­mille royale du Qa­tar, s’est o ert la marque pour 500 mil­lions d’eu­ros. En quelques an­nées, Bal­main, maison fran­çaise d’après-guerre, est de­ve­nue l’une des gri es les plus ren­tables et les plus vi­sibles au monde mal­gré ses huit pe­tites bou­tiques. Il s’agit main­te­nant d’ac­cé­lé­rer son dé­ve­lop­pe­ment aux Etats-Unis et au Moyen-Orient.

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PHÉNOMÈNE Dans l’aris­to­cra­tie de la mode, Oli­vier Rou­steing, né sous X et adop­té, fait fi­gure d’ano­ma­lie. « Mon père m’ache­tait “l’Equipe”, mais je pré­fé­rais “Vogue”… », dit-il, sou­rire aux lèvres, dans son bu­reau du quar­tier des Champs-Ely­sées. À 18 ans, il entre chez le cou­tu­rier ita­lien Ro­ber­to Ca­val­li. Cinq ans plus tard, il de­vient chef de stu­dio chez Bal­main et gra­vit tous les éche­lons. À 25 ans, il de­vient di­rec­teur ar­tis­tique de la marque, où il tra­vaille de 9 heures à 23 heures, di­manche com­pris.

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INSPIRATION Très tôt, il re­marque que son grand-père adop­tif bor­de­lais porte une élé­gante che­mise YSL et sa grand-mère, un tailleur de la même marque. Il dé­couvre ce­lui qu’il ap­pelle en­core au­jourd’hui « Mon­sieur Saint Laurent » : « J’étais fas­ci­né par le fait que son cha­risme et sa classe tou­chaient éga­le­ment le peuple. » Au­jourd’hui, Oli­vier Rou­steing s’ins­pire de ses voyages, à Du­baï no­tam­ment, de road trips dans les dé­serts ca­li­for­niens ou de vi­sites chez Ch­ris­tie’s à Londres.

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STAR-SYS­TÈME Ado­les­cent, il dé­vore les clips de Mi­chael Jack­son et de George Mi­chael, où l’on voit évo­luer les man­ne­quins ve­dettes des an­nées 1990 : Clau­dia Schi er, Nao­mi Camp­bell, Lin­da Evan­ge­lis­ta… Vingt ans plus tard, il se re­trouve au centre du star-sys­tème. L’an­née der­nière, il fê­tait ses 30 ans sur les col­lines de Hol­ly­wood avec les top-mo­dèles Ken­dall Jen­ner, Ca­ra De­le­vingne et le chan­teur Jus­tin Tim­ber­lake.

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FEMME FORTE « La femme Bal­main, c’est une Ama­zone, une per­son­na­li­té forte qui as­sume sa fé­mi­ni­té et ses idées. » Sexy, doit-on pré­ci­ser à la vue des cuis­sardes, vestes à épau­lettes, bro­de­ries et robes qu’elle porte. Mais là où Rou­steing se dis­tingue de ses concur­rents, c’est que celle-ci reste as­sez cou­verte. « Il ne s’agit pas, pré­cise-t-il, de mon­trer sa peau mais son as­su­rance. » As­sez loin tou­te­fois du style « jo­lie ma­dame » de Pierre Bal­main.

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FRANC-TIREUR Si le cou­tu­rier est un vrai gen­til, il ose cri­ti­quer un sys­tème où « cer­taines cou­ver­tures de ma­ga­zines sont ache­tées par les marques ». Il pré­fère Ins­ta­gram, où il su t de « faire confiance aux in­ter­nautes ». Dis­ciple du « fun », il dé­nonce « l’air dé­pri­mé obli­ga­toire dans la mode pour don­ner l’im­pres­sion d’avoir du talent ». Et aime rap­pe­ler que lui et ses condis­ciples font « des vê­te­ments, on ne sauve pas des vies… ».

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RÉ­SEAUX SO­CIAUX Alors que les cri­tiques de mode trouvent par­fois son style vul­gaire, Oli­vier Rou­steing les contourne à coups de ha­sh­tags sur les ré­seaux Ins­ta­gram et Twit­ter. Avec #Bal­mainAr­my puis #Bal­mainNa­tion, il a créé une com­mu­nau­té de mil­lions de fans. Parmi elles, ses icônes, ses muses : Kim Kar­da­shian (photo), Ri­han­na, Ken­dall Jen­ner… Soit trois des stars les plus po­pu­laires au monde. In­ter­ro­gé sur l’op­por­tu­nisme d’une telle as­so­cia­tion, il se dé­fend : « Kim, c’est vrai­ment une amie, je lui ra­conte mes plus pro­fonds se­crets. »

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ÉMEUTE L’au­tomne der­nier, il avait pré­ve­nu que son as­so­cia­tion avec H&M al­lait faire du bruit. Scènes d’émeute bou­le­vard Hauss­mann à Pa­ris, re­ventes im­mé­diates en ligne à 1 500 dol­lars pour cer­taines pièces, H&M s’en sou­vient en­core. « Il faut aus­si tou­cher ceux qui ne peuvent ache­ter du Bal­main, il faut faire rê­ver », conti­nue-t-il d’a rmer.

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STRATÈGE Si He­di Sli­mane, l’an­cien sty­liste star de la maison Saint Laurent – au­jourd’hui, en pro­cès contre le groupe Ke­ring, au­quel YSL ap­par­tient – a long­temps in­car­né la fi­gure du gé­nie de la mode in­vi­sible, Oli­vier Rou­steing, ac­ces­sible et om­ni­pré­sent, semble in­sé­pa­rable du suc­cès de sa marque. Peut-être un bon moyen de res­ter en place au mi­lieu de la valse ac­tuelle des de­si­gners…

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“SLOW” FA­SHION Se­lon lui, le culte de la vi­tesse dans la mode (de plus en plus de col­lec­tions ache­tables le plus vite pos­sible) va fi­nir par las­ser. Il aime l’idée de faire pro­chai­ne­ment des dé­fi­lés vir­tuels : « Les gens sont en re­cherche d’hon­nê­te­té, de conte­nu. Or, tout le monde est épui­sé, les sty­listes comme la presse. »

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