Le Tour de France des ri­vaux my­thiques

Pou­li­dor-An­que­til, Mer­ckx-Ocaña, Hi­nault-Le-Mond, Le-Mond-Fi­gnon... Ces duels au som­met qui ont fait le sel de la Grande Boucle ont cruel­le­ment man­qué ces der­nières an­nées. La do­mi­na­tion de l’An­glais Froome se­ra-t-elle contes­tée cet été ?

L'Obs - - Le Parcours - GURVAN LE GUELLEC

Nos­tal­gie, nos­tal­gie. C’était quelques jours après la com­mé­mo­ra­tion du bi­cen­te­naire de la prise de la Bas­tille. Laurent Fi­gnon, su­blime ron­chon, s’écrou­lait de déses­poir à son ar­ri­vée sur les Champs-Ely­sées, pri­vé d’un troi­sième Tour de France pour 8 pous­sières de se­condes. Dans un scé­na­rio d’une cruau­té in­éga­lée, les or­ga­ni­sa­teurs de la Grande Boucle avaient dé­ci­dé de clore l’épreuve par un contre-la-montre, et le gen­til Greg Le-Mond, si af­fable, si amé­ri­cain, coif­fait le hé­ros mal-ai­mé de­vant son pu­blic pa­ri­sien. Des duels comme ceux-là, les an­nées 1980 – dé­cen­nie bé­nie – nous en ont fait vivre plu­sieurs. Avant 1989, il y a avait eu le ma­no a ma­no mon­ta­gnard de 1987 entre l’Ir­lan­dais Ste­phen Roche et l’Es­pa­gnol Pe­dro Del­ga­do (40 se­condes d’écart), le sens tac­tique du pre­mier ve­nant à bout de la grin­ta du se­cond. Un an plus tôt, Greg Le-Mond, à nou­veau lui, et Bernard Hi­nault, pour­tant co­équi­piers, ne s’épar­gnaient au­cune crasse, ce qui ne les em­pê­chait pas de pas­ser main dans la main la ligne d’ar­ri­vée à l’Alpe d’Huez. La do­mi­na­tion de l’Amé­ri­cain ne pou­vant plus être contes­tée, les im­pé­ra­tifs de la com­mu­ni­ca­tion re­pre­naient le des­sus. Joyeuse époque, a-t-on en­vie de dire, au vu de ce que nous pro­pose le Tour de­puis vingt-cinq ans. Il y a bien eu l’ar­ri­vée très dis­pu­tée de 2007 – 23 se­condes entre l’Es­pa­gnol Al­ber­to Contador et l’Aus­tra­lien Ca­del Evans, deuxième écart le plus ser­ré de l’his­toire – mais ce po­dium re­lève d’abord de l’anec­dote. Contador et Evans n’ont pas ba­taillé pour la vic­toire fi­nale ; ils ont juste pro­fi­té de l’aban­don à la 16e étape du Da­nois Mi­chael Ras­mus­sen, li­mo­gé par son équipe pour do­page, alors qu’il do­mi­nait ou­tra­geu­se­ment les dé­bats. Les op­ti­mistes es­pèrent chaque an­née que Froome se­ra contes­té. Et cer­tains vont même jus­qu’à pré­dire une prise de pou­voir du jeune Co­lom­bien Nai­ro Quin­ta­na (26 ans), à l’ins­tar d’un Faus­to Cop­pi dé­trô­nant « Gi­no le Pieux » Bar­ta­li en 1949. Reste que, si duel il y a, l’his­toire du Tour nous en­seigne qu’ils se concluent plus sou­vent en fa­veur des sei­gneurs du pe­lo­ton que des out­si­ders. En 1964, Ray­mond Pou­li­dor, l’éter­nel se­cond, lais­sait la vic­toire à Jacques An­que­til pour 55 se­condes, en met­tant pied à terre un tour trop tôt au Vé­lo­drome de Mo­na­co. Sept ans plus tard, Luis Ocaña, après avoir re­pous­sé le can­ni­bale Ed­dy Mer­ckx à 8 mi­nutes, chu­tait gra­ve­ment dans les Py­ré­nées, et se voyait contraint d’aban­don­ner. Le pu­blic ado­rait. Que nous pré­pare ce Tour 2016 ? De­puis trois ans, la do­mi­na­tion de Chris Froome, comme celle de Lance Arm­strong dans les an­nées 2000, ou celle de Miguel In­du­rain dix ans plus tôt, re­tire une part de son in­té­rêt à l’évé­ne­ment. A quand le re­tour des vrais duels ?

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