Renaud Ca­mus, d’icône gay à icône fa­cho

Qui se sou­vient que l’écri­vain po­lé­mique, connu pour ses dia­tribes sur “le grand rem­pla­ce­ment”, était dans les an­nées 1970 une fi­gure de la cause ho­mo­sexuelle et un au­teur adou­bé par la gauche in­tel­lec­tuelle ? Re­tour sur un par­cours mar­gi­nal, qui dé­marre

L'Obs - - Grands Formats - DAVID LE BAILLY GUILLAUME RI­VIÈRE

Al’Es­pace Cham­per­ret, Ra­dio Cour­toi­sie cé­lèbre son an­ni­ver­saire et Renaud Ca­mus fait salle comble. « Le plus grand écri­vain fran­çais d’au­jourd’hui, s’en­flamme le pa­tron de la sta­tion, Hen­ry de Les­quen. Un style étin­ce­lant et brillant, une pen­sée forte et at­trayante. Un jour, il a été comme saint Paul sur le che­min de Da­mas, il a com­pris que la France était me­na­cée de mort ! » At­mo­sphère de ker­messe d’hô­pi­tal, tout le monde ru­mine de plai­sir. L’écri­vain en ques­tion, peu ha­bi­tué à de tels com­pli­ments, et l’au­di­toire, par­terre de che­ve­lures et de peaux blanches, fier de cô­toyer un grand homme « pour de vrai ». Ce di­manche 12 juin, Renaud Ca­mus, 69 ans, vient don­ner une « cau­se­rie » sur son thème fé­tiche, « le grand rem­pla­ce­ment », thème qui lui vaut la po­pu­la­ri­té d’un Dru­cker dans les cé­nacles avant-gar­distes de l’ex­trême droite. Ré­su­mons: la France est co­lo­ni­sée par « l’em­pire ara­bo­mu­sul­man », le « peuple fran­çais in­di­gène » risque

de dis­pa­raître, sub­mer­gé par des hordes de « néoF­ran­çais », nos gou­ver­nants sont des « col­la­bos » et « le ra­ma­dan est le Festival de Cannes de cette co­lo­ni­sa­tion –on voit nos col­la­bo­ra­teurs s’em­pres­ser dans les mos­quées ». Icône fa­cho, ac­cla­mée ici à Pa­ris, ou quinze jours plus tôt à Bé­ziers, lors des ren­dez-vous de la droite dure, or­ga­ni­sés par Robert Mé­nard. L’écri­vain Ca­mus est re­con­nais­sable à ses al­lures sur­an­nées, dan­dy d’un autre siècle, une ur­ba­ni­té pous­sée à l’ex­trême, un re­gard clair, par­fois illu­mi­né, une voix dou­ce­reuse et tou­jours égale, une sil­houette svelte, un col­lier de barbe blanche qui rap­pelle les émi­nences de la IIIe Ré­pu­blique.

Hen­ry de Les­quen n’a bien sûr pas tout dit de l’oeuvre de Renaud Ca­mus. Il ne s’agi­rait pas de brus­quer les au­di­teurs de Ra­dio Cour­toi­sie, parmi les­quels beau­coup de mi­li­tants de la Ma­nif pour tous, ca­tho­liques pra­ti­quants et fer­vents op­po­sants au ma­riage gay. Les­quen lui-même ne se dé­sole-t-il pas de voir le Front na­tio­nal trans­for­mé en « lu­pa­nar pé­dé­ras­tique » ? Passe en­core que Renaud Ca­mus « en soit », comme di­saient nos ar­rière-grand-mères, passe en­core qu’il l’as­sume. Mais savent-elles, ces belles âmes, les « hor­reurs » écrites par Ca­mus dans sa jeu­nesse? Sa­ven­telles qu’il fut chro­ni­queur au ma­ga­zine « Gai Pied », fi­gure du mi­lieu ho­mo ? On­telles lu « Tricks », pu­blié en 1979, ré­cit cir­cons­tan­cié des ren­contres d’un soirde Ca­mus, au Pa­lace ou dans les ba­ckrooms du Man­hat­tan et du Sept? Ses « tricks », Renaud Ca­mus les ai­mait ve­lus, teint mat et che­veux noirs. Plu­tôt Omar Sha­rif que Hel­mut Berger. Ou­vrons le livre au ha­sard. A la date du 28 avril 1978 : « Il s’est éten­du contre moi, dé­jà ban­dé. Son sexe était as­sez épais, ses fesses plu­tôt vo­lu­mi­neuses, glabres, mais pas molles […] Puis il m’a su­cé le sexe, as­sez long­temps. J’ai su­cé le sien, […] sa langue est pas­sée sur mes couilles, jus­qu’à mes fesses. Pour pé­né­trer plus avant entre elles, il s’est age­nouillé, m’a sou­le­vé les jambes, et a en­fon­cé son vi­sage dans la fente de mon cul. Pendant ce temps, je me bran­lais… » Lit­té­ra­ture in­so­lite pour l’époque, ins­pi­rée d’au­teurs de la Beat ge­ne­ra­tion, Al­len Gins­berg et sur­tout John Re­chy. « Pour moi, plus jeune d’une di­zaine d’an­nées, Renaud Ca­mus était l’exemple à suivre, le rôle mo­dèle à dé­pas­ser », ra­con­te­ra Di­dier Les­trade, co­fon­da­teur d’Act Up (1). « Tricks » fait aus­si sen­sa­tion en rai­son de sa pré­face, si­gnée Ro­land Barthes, que des exé­gètes li­ront comme un co­ming out dé­gui­sé. Pres­ti­gieux par­rai­nage, pa­reil à un ano­blis­se­ment, et qui vau­dra long­temps à Ca­mus la man­sué­tude de l’in­tel­li­gent­sia pa­ri­sienne.

IGNORÉ PAR LA CRI­TIQUE

De­puis vingt-cinq ans, l’écri­vain ha­bite un châ­teau mé­dié­val, dans le Gers, à une heure de Tou­louse. Il l’a en par­tie ré­no­vé, mais res­tent des fis­sures sur les murs. A l’étage, une im­mense bi­blio­thèque, quelques pein­tures dont un au­to­por­trait, et une vue aé­rienne sur les val­lées de la Ga­ronne et de l’Ar­rats. Cour­tois, cra­va­té, tout de blanc vê­tu, Ca­mus fait pen­ser, de prime abord, à ces aïeux que l’on cache, lu­naire, nos­tal­gique et ra­ciste. Très loin des pe­tits gars de « Tricks ». « Je ne veux pas que mon pays soit en­va­hi, dit-il. Un monde mo­no­eth­nique se­rait beau­coup plus agréable: nous n’au­rions pas à nous pro­té­ger de tout, à de­voir at­ta­cher nos bi­cy­clettes, à ins­tal­ler des di­gi­codes. » Il use de mots bar­bares – « rem­pla­cisme », « ré­en­sau­va­ge­ment de l’es­pèce » – qui tous disent son aver­sion pour « ces mu­sul­mans dé­si­reux de ma­ni­fes­ter leur foi à toute heure du jour et de la nuit […]. Ve­nir en France est en contra­dic­tion avec leur foi… sauf s’ils sont ici pour nous conqué­rir ». On ima­gine le pauvre Barthes, dans sa tombe, prê­ter l’oreille à son an­cien dis­ciple et étouf­fer de rage. « Peut-être se­rait-il hor­ri­fié par mes prises de po­si­tion, concède Ca­mus. Même si dans les der­nières an­nées, il avait beau­coup évo­lué. A la fin de sa vie, il était aus­si éloi­gné des “My­tho­lo­gies” que je ne le suis main­te­nant de “Tricks”. »

A la fête de Ra­dio Cour­toi­sie, Renaud Ca­mus signe des dé­di­caces à côté de Bru­no Mé­gret, an­cien lea­der du Front na­tio­nal. Com­ment pas­ser de Barthes à Mé­gret, d’Ara­gon à Mé­nard? Com­ment dé­non­cer « la dic­ta­ture de la pe­tite bour­geoi­sie » et se vau­trer de­vant

elle dans l’espoir de lui four­guer quelques livres pour bou­cler des fins de mois pas tou­jours fa­ciles? Par res­sen­ti­ment, « parce qu’il a échoué comme écri­vain », ain­si que le croit cet autre hé­ri­tier de Barthes qui tient à res­ter ano­nyme ? Par trop grande so­li­tude, comme le sup­pose son ami écri­vain Ga­briel Matz­neff, amer­tume d’un homme qui se mor­fon­dait d’être ignoré par la cri­tique, jouis­sant de trou­ver sur le tard un pu­blic, des ad­mi­ra­teurs, une fa­mille? Ou par amour de la li­ber­té, ce dont est convain­cu l’homme de droite Paul-Marie Coû­teaux, « li­ber­té de moeurs, li­ber­té de pa­role »? Ca­mus se rêve dis­si­dent, clone mi­nia­ture de Sol­je­nit­syne, fai­sant mine d’ou­blier qu’il vit tran­quille dans un châ­teau quand l’autre a payé son en­ga­ge­ment d’un sé­jour au gou­lag et d’un exil de vingt ans. Quand on lui fait re­mar­quer qu’il porte un dis­cours lar­ge­ment re­layé dans les mé­dias – com­bien de cou­ver­tures de ma­ga­zines, de best-sel­lers (Zem­mour, Fin­kiel­kraut, Villiers), de slo­gans po­li­tiques se vou­lant des ré­ponses à « la peur de l’is­lam » –, Ca­mus s’of­fusque : « Vous n’avez pas l’air de bien vous rendre compte de ce que coûte ce genre de prise de po­si­tion. » Quelle com­pen­sa­tion alors, si­non être ac­cla­mé par un pu­blic qui n’a ja­mais lu un seul de ses livres ? « Il ne faut pas exa­gé­rer ma no­to­rié­té, mais oui, ça fait plu­tôt plai­sir », re­con­naît-il, non sans co­quet­te­rie.

Que reste-t-il de Renaud Ca­mus, écri­vain confi­den­tiel mais res­pec­té, aî­né d’une gé­né­ra­tion d’au­teurs dis­pa­rus, au­jourd’hui cé­lé­brés –Jean-Luc La­garce, Bernard-Marie Kol­tès, Her­vé Gui­bert ? Aux Mots à la Bouche, la li­brai­rie gay de Pa­ris, on trouve une ving­taine de ses livres, maigre par­tie d’une oeuvre plé­tho­rique (plus d’une cen­taine d’ou­vrages au to­tal). « On est les der­niers à vendre du Ca­mus », s’amuse le li­braire, qui avoue son plai­sir à par­cou­rir le « Jour­nal » du vieil atra­bi­laire ou le très beau « Vie du chien Hor­la », consi­dé­ré comme son meilleur livre. « Mais là, il va trop loin, je ne peux plus le dé­fendre », dit-il.

La der­nière rup­ture de Ca­mus avec le monde des lettres, la plus bru­tale, fut son ap­pel à vo­ter Ma­rine Le Pen lors de la der­nière pré­si­den­tielle. De­puis, son édi­teur his­to­rique, Paul Ot­cha­kovs­ky-Laurens (P.O.L), ne veut plus par­ler de lui. Même si­lence de son an­cien ami Jean Eche­noz. Quant à Em­ma­nuel Car­rère, long­temps fi­dèle parmi les fi­dèles, il vient de tailler en pièces, dans une lettre ou­verte, le concept de « grand rem­pla­ce­ment »: « Sin­cè­re­ment, Renaud, je pense que tout ce­la n’a plus de sens, pour la simple rai­son que nous sommes plus de six mil­liards sur terre (ou sept ?), ce qui est évi­dem­ment beau­coup trop, ce qui ne va faire qu’em­pi­rer et rend, je suis mille fois d’ac­cord avec toi, la vie né­ces­sai­re­ment moins douce, les voi­sins plus nom­breux, plus bruyants, plus no­cifs ; mais à part es­pé­rer qu’un ca­ta­clysme dé­cime les trois quarts de la pla­nète (et de faire par­tie du quart qui reste), qu’y faire si­non se pous­ser pour faire de la place? » Ca­mus au­rait vou­lu ré­pondre, dé­battre, mais Car­rère a fer­mé la porte, re­fu­sant de par­ti­ci­per à ses cô­tés à « Ré­pliques », l’émis­sion de France-Culture ani­mée par Alain Fin­kiel­kraut. Dé­pit. « Em­ma­nuel a la presse à ses pieds, et moi, au­cun ca­nal, se dé­sole Ca­mus. Sa re­ven­di­ca­tion d’être un bo­bo n’est pas si ho­no­rable. S’il se sent en­va­hi, lui a les moyens de par­tir dans un autre ap­par­te­ment, un autre quar­tier. Mais qu’en est-il des mil­lions de ci­toyens obli­gés de par­ta­ger leur im­meuble, ré­duits à être une mi­no­ri­té dans leur propre pays? C’est un dis­cours égoïste et aveugle. » Lâ­ché par Fayard, son der­nier édi­teur, Ca­mus pu­blie dé­sor­mais à compte d’au­teur. Au té­lé­phone, Fin­kiel­kraut dé­plore que « pour des rai­sons idéo­lo­giques, notre époque passe à côté d’un de ses grands écri­vains. Tout le monde se ré­fère au “grand rem­pla­ce­ment” et on bâillonne son au­teur. Ca­mus est ha­bi­té par un sen­ti­ment d’ur­gence, il voit se pro­duire un phénomène im­mense, une France qui change com­plè­te­ment sous ses yeux ».

“ARA­GON, MÉPRISÉ PAR UN CA­MUS”

Afin d’y voir clair, re­mon­tons un ins­tant aux ori­gines, aux­quelles Ca­mus se dit si at­ta­ché. Fils de la bour­geoi­sie ai­sée de Cha­ma­lières, en bor­dure de Cler­montFer­rand, le jeune Ca­mus monte à Pa­ris faire son droit. Grandes am­bi­tions, lit­té­raires et mon­daines. Dès le mi­lieu des an­nées 1960, il fré­quente, bou­le­vard SaintGer­main, le sa­lon d’un aris­to­crate ho­mo­sexuel, per­son­nage à la Char­lus, Jacques de Ri­cau­mont. « Il re­ce­vait là, écri­ra-t-il, le Tout-Pa­ris mon­dain et lit­té­raire […] avec une pré­di­lec­tion pour les du­chesses, les beaux gar­çons, les aca­dé­mi­ciens à la Gaxotte, et sur­tout les membres de fa­mille royale en exil, la grande spé­cia­li­té de son sa­lon… » Ca­mus s’in­tro­duit dans les mi­lieux ar­tis­tiques, se lie à An­dy Wa­rhol et à Cy Twom­bly, puis à Barthes, qu’il ac­coste un après-mi­di de mars 1974 au Flore. Vient en­suite Ara­gon, re­la­tion sur la­quelle iro­ni­se­ra le cri­tique lit­té­raire Matthieu Ga­ley dans son « Jour­nal » : « 17 jan­vier 1978. Hier, à Bob Wil­son, le vieil Ara­gon, en com­pa­gnie de Renaud Ca­mus. Ils sont au pre­mier rang de cor­beille. Toute la salle les voit. Ca­mus n’en peut plus de sa­tis­fac­tion. Dix mi­nutes plus tard, Ara­gon s’en­dort, la tête en avant, comme en syn­cope. […] Ca­mus fi­nit par re­non­cer à le ré­veiller, mais je sur­prends les re­gards

qu’il jette de temps en temps sur l’épave, presque char­gés de haine et pire en­core […], l’air de dire : “La vieille, il faut se la faire!” Ara­gon, méprisé par un Ca­mus…»

Puis les pre­miers ou­vrages, et les pre­mières cri­tiques, plu­tôt bien­veillantes. Le 22 août 1980, dans «le Monde », Jean Ri­car­dou sa­lue un digne hé­ri­tier du Nou­veau Ro­man. Ca­mus est à la mode, et Jean Le Bi­toux, fon­da­teur du men­suel « Gai Pied », lui pro­pose de te­nir une chronique. Le sida n’en est qu’à ses pré­mices et le mou­ve­ment gay, sous l’im­pul­sion de l’in­tel­lec­tuel Guy Hoc­quen­ghem, vient d’ob­te­nir de la gauche au pou­voir la dé­pé­na­li­sa­tion de l’ho­mo­sexua­li­té pour les mi­neurs. Le 4 sep­tembre 1984, Renaud Ca­mus est in­vi­té dans la cé­lèbre émis­sion d’An­tenne 2 « les Dossiers de l’écran » au­tour du thème : « Etre gay en 1984 ». Plus de 15 mil­lions de té­lé­spec­ta­teurs sont alors de­vant leur écran. Convié éga­le­ment ce soir-là, le fu­tur aca­dé­mi­cien Do­mi­nique Fer­nan­dez dit n’avoir au­cun sou­ve­nir de ce dé­bat : « De toute fa­çon, les po­si­tions ul­té­rieures de Ca­mus ont con­dam­né dé­fi­ni­ti­ve­ment le per­son­nage. Il y a mal­heu­reu­se­ment des gays ul­tra­réac­tion­naires, dont la cause se pas­se­rait bien. » A cette époque, Ca­mus est en­ga­gé à gauche, mi­li­tant au Par­ti so­cia­liste, sec­tion du 16e ar­ron­dis­se­ment de Pa­ris. Es­prit li­ber­taire, il écrit dans le pre­mier tome de son « Jour­nal » son mé­pris de la po­lice, qui « compte une pro­por­tion a igeante de sa­diques, de brutes épaisses, de dé­biles dan­ge­reux, de fas­cistes, d’es­crocs… » Dans ce « Jour­nal », long d’une tren­taine de tomes, un ab­sent : le sida, qui pour­tant a dé­ci­mé une grande par­tie de sa gé­né­ra­tion. « Oui, c’est un mi­racle que je sois en­core là », dit Ca­mus, ap­pa­rem­ment gê­né d’être ques­tion­né sur le su­jet.

FIASCO SEXUEL

De « Gai Pied » à Ra­dio Cour­toi­sie, des li­ber­taires ra­di­caux aux conser­va­teurs les plus ri­gides, des pa­rades ho­mos à San Fran­cis­co aux grand-messes de l’ex­trême droite à Bé­ziers, le par­cours de Ca­mus in­ter­pelle, comme le re­flet d’une époque qui a tro­qué les joies du LSD pour celles des week-ends en fa­mille. Fa­vo­rable au ma­riage ho­mo, mais sans en­thou­siasme, l’in­té­res­sé dit voir « une uni­té to­tale » entre tous ses textes. Amis et an­ciens amis, eux, iden­ti­fient deux mo­ments clés : le dé­part dans le Gers, en 1992, et sur­tout « l’a aire », en 2000, quand il fut ac­cu­sé d’an­ti­sé­mi­tisme pour avoir cri­ti­qué dans son « Jour­nal » la « sur­re­pré­sen­ta­tion » d’in­ter­ve­nants juifs dans une émis­sion de Fran­ceCul­ture. D’an­ciens écrits ouvrent peut-être une autre piste. Ré­su­mons: Ca­mus a eu dans sa vie deux ob­ses­sions : le cul et « l’in­va­sion ara­bo-mu­sul­mane ». Et s’il exis­tait un lien entre les deux ? En 1984 sont pu­bliées les « Ch­ro­niques achriennes », re­cueil de ses écrits dans « Gai Pied ». Parmi eux, le ré­cit d’un « trick » avec un dé­nom­mé Ta­hir. Un fiasco. Ca­mus se la­mente : « Est-ce que je dois re­non­cer une fois pour toutes à ten­ter de faire l’amour, quand l’oc­ca­sion s’en pré­sente, avec des NordA­fri­cains ? Dans la grande ma­jo­ri­té des cas – il y a eu deux ou trois splen­dides ex­cep­tions –, nos sexua­li­tés, à eux et à moi, sont ri­gou­reu­se­ment in­com­pa­tibles. Et ce n’est vrai­ment pas de ma faute. Et per­sonne ne me fe­ra croire que cette sexua­li­té, la sienne, la leur, est une sexua­li­té heu­reuse, ou sou­hai­table: elle est pauvre, elle est avare, elle est égoïste, elle est in­sup­por­ta­ble­ment va­ni­teuse, étri­quée, ma­chiste, ex­pé­di­tive, fruste. Elle est aux an­ti­podes de tout ce que je peux ai­mer, de tout ce qui est ai­mable. » Dix ans plus tard, nou­vel échec, cette fois-ci en Tu­ni­sie : « Mal­heu­reu­se­ment, c’est l’oc­ca­sion de me sou­ve­nir que les Arabes et moi, dé­ci­dé­ment…» Et si l’his­toire de Renaud Ca­mus, c’était d’abord celle-là, un cul fa­ti­gué, flé­tri, trou­vant dans une lo­gor­rhée pa­ra­noïaque – illus­trée entre autres par son compte Twit­ter – le prolongement d’une jouis­sance désen­chan­tée ? Un autre « grand rem­pla­ce­ment » en quelque sorte, aus­si gro­tesque mais in­fi­ni­ment plus réa­liste. (1) Voir « Je suis trop long­temps res­té fi­dèle à Renaud Ca­mus, ce traître ho­mo­sexuel », ar­ticle de Di­dier Les­trade, Slate, 2016.

L’écri­vain dans son châ­teau du Gers, à Plieux, le 16 juin.

Ci-des­sus, le jeune Renaud Ca­mus en­la­çant son ami Louis Ara­gon, en 1978 au Pa­lace. Ci-contre, avec le dan­dy Jacques de Ba­scher, proche d’Yves Saint Laurent et de Karl La­ger­feld.

Le 28 mai der­nier à Bé­ziers, le théo­ri­cien du « grand rem­pla­ce­ment » est in­vi­té à dé­battre de l’im­mi­gra­tion par le maire d’ex­trême droite Robert Mé­nard.

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