“2666”, un po­lar apo­ca­lyp­tique

L'Obs - - Culture -

Pendant que Ju­lien Gos­se­lin adapte « 2666 » à Avi­gnon, l’Amé­ri­cain Robert Falls le fait à Chi­ca­go, avec une pièce de cinq heures. Ces lon­gueurs ne sont pas dues au ha­sard. Le ro­man du Chi­lien Ro­ber­to Bo­laño, ob­jet de culte chez les let­trés té­mé­raires, est no­toi­re­ment com­plexe. Com­po­sé de cinq par­ties à peu près in­dé­pen­dantes, il tourne au­tour d’un mys­té­rieux écri­vain al­le­mand nom­mé Ar­chim­bol­di et d’une ville-fron­tière mexi­caine, Santa Te­re­sa, se­couée par d’abo­mi­nables meurtres de femmes. Le sens gé­né­ral de l’in­trigue est ou­vert aux exé­gèses les plus di­verses, mais le sor­ti­lège du ro­man se cache, comme Lu­ci­fer, dans les dé­tails. « 2666 » est l’un de ces livres au­to­ri­taires qui n’ont pas honte de vou­loir être des chefs-d’oeuvre. Les es­prits mys­tiques sont en­ivrés par son épais par­fum d’Apo­ca­lypse. Les ama­teurs de ré­bus sont per­sua­dés qu’il dis­si­mule un sub­til jeu de piste sym­bo­lique. Les fa­na­tiques de la phrase aiment son clas­si­cisme sar­do­nique et mé­ti­cu­leux, qui cap­tive même quand le ré­cit en­nuie. Bo­laño a ter­mi­né ce po­lar pos­sé­dé juste avant de mou­rir, en 2003, à 50 ans seule­ment, d’une maladie du foie. Cette au­ra tes­ta­men­taire a fait beau­coup pour la lé­gende de « 2666 », au dé­tri­ment de ses autres livres, sou­vent ou­bliés, cou­verts par sa gi­gan­tesque ombre.

« 2666 », le spec­tacle adap­té d’un ro­man du Chi­lien Ro­ber­to Bo­laño.

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