Su­per Ma­rio

OEUVRES ROMANESQUES I ET II, PAR MA­RIO VARGAS LLOSA, SOUS LA DI­REC­TION DE STÉPHANE MICHAUD, GALLIMARD, LA PLÉIADE, 1936 P. ET 1904 P., 130 EU­ROS LE COFFRET.

L'Obs - - Critiques - DI­DIER JA­COB

Comme beau­coup d’hommes de lettres su­da­mé­ri­cains, Ma­rio Vargas Llosa (photo), qui na­quit en 1936 à Are­qui­pa (Pé­rou), est d’abord un écri­vain fran­çais. Lors­qu’il ar­rive en France, en août 1959, Vargas Llosa fait un tour à la li­brai­rie La Joie de lire, rue Saint-Sé­ve­rin, et fait l’ac­qui­si­tion d’un livre qui va ré­vo­lu­tion­ner son exis­tence : « Ma­dame Bo­va­ry ». Cette pas­sion pour la culture fran­çaise ne se dé­men­ti­ra ja­mais, même si l’au­teur de « Conver­sa­tion à La Ca­te­dral » pren­dra quelques an­nées plus tard une maî­tresse amé­ri­caine : Faulk­ner, l’autre grand amour de Vargas Llosa. Alors que l’in­fluence fran­çaise com­men­çait no­toi­re­ment à dé­cli­ner, le ro­man­cier pé­ru­vien, un an­cien élève de Lu­cien Gold­mann et de Ro­land Barthes, conti­nua d’as­so­cier notre pays à ses grandes dé­cou­vertes lit­té­raires. C’est à Per­ros-Gui­rec qu’il lit pour la pre­mière fois, en fran­çais, « Guerre et Paix » de Tol­stoï. Et c’est dans la pres­ti­gieuse Pléiade, qui l’ac­cueille à juste titre au­jourd’hui, qu’il fait connais­sance avec ses maîtres Bal­zac, Sten­dhal, Zo­la, Mal­raux et les autres. Sans par­ler de Sartre dont il avait lu au Pé­rou les articles des « Temps mo­dernes », revue à la­quelle il s’était abon­né et qui le pas­sion­nait tant que ses amis l’avaient sur­nom­mé le « vaillant petit Sartre ». C’est à Pa­ris, en­fin, qu’il ré­di­gea plu­sieurs de ses livres, dont « la Maison verte » : il ha­bi­tait alors « dans une man­sarde de la rue de Tour­non, voi­sine de l’ap­par­te­ment où avait vé­cu le grand Gé­rard Phi­lipe, que le lo­ca­taire pré­cé­dent, le cri­tique d’art ar­gen­tin Da­mian Bayon, avait en­ten­du s’exer­cer des jours du­rant à une seule ti­rade du “Cid” de Cor­neille. »

Des huit ro­mans sé­lec­tion­nés pour cette édi­tion, on pour­ra com­men­cer par ce chef-d’oeuvre d’hu­mour, par­tiel­le­ment au­to­bio­gra­phique, « la Tante Ju­lia et le scri­bouillard ». Le nar­ra­teur tra­vaille à Ra­dio Pa­na­me­ri­ca­na où il ra­fis­tole des bul­le­tins d’in­for­ma­tion gla­nés ici et là pour les res­ser­vir aux au­di­teurs. C’est aus­si le ré­cit de ses amours avec une ro­man­cière bo­li­vienne, la tante Ju­lia en ques­tion. Autre mer­veille, « la Guerre de la fin du monde » qui ra­conte l’ins­tal­la­tion d’une com­mu­nau­té chré­tienne, en 1900, dans le Nor­deste bré­si­lien. Cin­quante ans plus tard, ce co ret de la Pléiade per­met en tout cas non seule­ment de mieux ap­pré­cier l’uni­vers foi­son­nant de Vargas Llosa, mais aus­si de s’émer­veiller de l’ex­tra­or­di­naire des­tin de cet en­fant des hauts pla­teaux pé­ru­viens, éle­vé par sa seule mère et qui dé­cou­vrit à 10 ans pas­sés que son père, qu’il croyait mort, exis­tait bel et bien.

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