Les souf­frances du jeune Emi­lio

TOUT L’AMOUR EST DANS LES ARBRES, PAR ALES­SAN­DRO DE RO­MA, TRA­DUIT DE L’ITA­LIEN PAR VINCENT RAY­NAUD, GAL­LI­MARD, 224 P., 21 EU­ROS.

L'Obs - - Cri­tiques - VÉ­RO­NIQUE CAS­SA­RIN-GRAND

C’est en rai­son du dé­mé­na­ge­ment de sa fa­mille à Nuo­ro qu’Emi­lio Co­ro­na fait la connais­sance de Pas­quale Cos­sed­du sur les bancs du ly­cée. Emi­lio, fils d’un flo­ris­sant en­tre­pre­neur de tra­vaux pu­blics qui bé­tonne à tout-va la Sar­daigne, est bon élève et pro­mis à suc­cé­der à son père. Pas­quale, is­su d’une fa­mille pauvre, est un élève mé­diocre et si­len­cieux, dont la mise né­gli­gée et fé­tide lui a va­lu le sur­nom d’« Egout ». Tout semble op­po­ser ces deux gar­çons, qui vont pour­tant, en par­ta­geant leur amour de la na­ture, se lier d’une ami­tié qui du­re­ra jus­qu’à l’âge adulte. Ales­san­dro De Ro­ma (pho­to), dans un style d’une flui­di­té re­mar­quable, dé­crit toute l’am­bi­guï­té des sen­ti­ments qu’éprouve Emi­lio, nar­ra­teur du ro­man, vis-à-vis de Cos­sed­du, entre fas­ci­na­tion et dé­goût, do­mi­na­tion et sou­mis­sion, comme si cet être fruste et ta­ci­turne était l’in­car­na­tion d’un double mau­dit, in­dis­so­ciable de lui-même. Avec Cos­sed­du, Emi­lio prend conscience du poids du dé­ter­mi­nisme so­cial qui les a éloi­gnés de ce qu’ils au­raient pu être. Ce ro­man est une ex­hor­ta­tion à trou­ver au fond de soi la force de de­ve­nir ce que l’on est, à réa­li­ser ses rêves, même s’ils sont « brin­gue­ba­lants », et à ré­sis­ter coûte que coûte à ceux qui, ba­fouant notre li­ber­té, es­timent de­voir choi­sir à notre place.

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