At­ten­tion, chef-d’oeuvre

IN­SIANG, PAR LI­NO BRO­CKA. DRAME PHI­LIP­PIN, AVEC HIL­DA KO­RO­NEL, MO­NA LI­SA, RUEL VER­NAL (1976, 1H35).

L'Obs - - Cri­tiques - P. M.

Dans un bi­don­ville de Ma­nille, la belle In­siang vit avec sa mère et l’amant de celle-ci, le caïd des bas-fonds, qui pour­rait être son fils. L’amant convoite la fille et ter­ro­rise le gar­çon qu’elle aime. « In­siang » est une his­toire de mi­sère et de dé­sir, de vio­lence, de men­songe, de ven­geance. Dès la pre­mière scène, dans un abat­toir, le sang écla­bousse les tueurs et s’em­pare de l’écran, ou­ver­ture sai­sis­sante d’un im­mense ci­néaste. La suite est de la même veine, por­tée à son point d’in­can­des­cence par un sen­ti­ment d’ur­gence ab­so­lue et la maî­trise éblouis­sante de Li­no Bro­cka, 37 ans au mo­ment du tour­nage, mort ac­ci­den­tel­le­ment à 52 ans. Ces 90 mi­nutes sont un pré­ci­pi­té de tout ce que le ci­né­ma peut pro­po­ser de grand : sens du ca­drage, maî­trise du rythme, science du mon­tage, beau­té su­bli­mée du vi­sage de l’hé­roïne (Hil­da Ko­ro­nel, pho­to), pro­fonde hu­ma­ni­té du re­gard por­té sur des êtres que le film re­fuse de condam­ner, mais qu’il n’épargne pas. Une scène comme celle du ta­bas­sage au bord du fleuve, suite de plans brefs qui fait al­ter­ner vues d’en­semble et vi­sages, le tout dans une lu­mière de fin du monde, jus­ti­fie­rait à elle seule la dé­cou­verte de ce chef-d’oeuvre, qui culmine dans un fi­nal à la fois im­pla­cable et apai­sé. Qu’« In­siang » ait été réa­li­sé en onze jours aug­mente l’état de si­dé­ra­tion dans le­quel le spec­ta­teur se trouve plon­gé. Dix-sept jours après la fin de son tour­nage et sa mise en confor­mi­té avec la cen­sure (qui n’en ac­cep­ta pas la conclu­sion), le film était pré­sen­té dans les salles des Phi­lip­pines.

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