Le grand trip de la Beat ge­ne­ra­tion

BEAT GE­NE­RA­TION, CENTRE GEORGES-POMPIDOU. WWW.CENTREPOMPIDOU.FR. JUS­QU’AU 3 OC­TOBRE. CA­TA­LOGUE DE L’EXPO, SOUS LA DI­REC­TION DE P.-A. MICHAUD, CENTRE POMPIDOU, 304 P., 44,90 EU­ROS.

L'Obs - - Critiques - BERNARD GÉNIÈS

Trois noms do­minent l’his­toire de la Beat ge­ne­ra­tion : Jack Ke­rouac, Al­len Gins­berg, William Bur­roughs. Dans ce mou­ve­ment qui n’en fut pas un (pas de texte fon­da­teur, pas de dogme, pas de lea­der au­to­pro­cla­mé), la lit­té­ra­ture consti­tue le socle des ren­contres et des échanges. C’est donc elle que l’on a re­te­nue prin­ci­pa­le­ment à tra­vers des livres cultes comme « Sur la route », « Howl » ou « le Fes­tin nu ». L’ex­po­si­tion du Centre Pompidou élar­git le spectre de cette aven­ture en lui as­so­ciant photos, films, do­cu­ments, ob­jets, ta­bleaux et des­sins. Les pro­ta­go­nistes de cette équi­pée sau­vage ignorent les fron­tières : entre côte Est et côte Ouest, Mexique et Ma­roc, San Fran­cis­co et Pa­ris, ces pion­niers bri­colent un art pauvre qui s’ap­puie sur d’éphémères re­vues, des col­lages ou des mon­tages réa­li­sés dans des chambres d’hô­tel. Dans les an­nées 1950 et 1960, ils im­posent un mode de vie im­pré­gné par le jazz, la drogue, l’al­cool, le mé­pris de la cen­sure et l’a rma­tion d’une sexua­li­té dé­com­plexée. « Les seuls qui m’in­té­ressent sont les fous fu­rieux, les fu­rieux de la vie, les fu­rieux du verbe […] ceux qui flambent, qui flambent, qui flambent, ja­lon­nant la nuit comme des cierges d’église », écri­ra Jack Ke­rouac. Ce­pen­dant, nombre des com­pa­gnons de route de cette pé­riode sont res­tés dans la pé­nombre. On dé­cou­vri­ra ici les films ex­pé­ri­men­taux de Ron Rice, Bruce Con­ner ou ceux de Robert Frank – plus cé­lèbres ceux-là, tel « Pull My Dai­sy » pro­je­té ici. La pho­to­gra­phie est éga­le­ment très pré­sente, soit qu’elle ap­porte son té­moi­gnage sur les prin­ci­paux pro­ta­go­nistes de la Beat ge­ne­ra­tion (por­traits, scènes de rue ou de voyages), soit qu’elle té­moigne d’une sen­si­bi­li­té liée au mode de vie et d’ex­pres­sion d’une gé­né­ra­tion « sau­vage » (Robert Frank à nou­veau, Bernard Plos­su, Charles Brit­tin). Au ha­sard du par­cours on pour­ra en­tendre un en­re­gis­tre­ment de Gins­berg dé­cla­mant « Howl » et on pour­ra as­sis­ter, le temps d’une brève vi­déo, à l’éton­nant dia­logue qui se noue entre le même Gins­berg et Bob Dy­lan de­vant la tombe de Ke­rouac , com­pa­rant les sé­pul­tures d’hommes cé­lèbres (Victor Hugo, Maïa­kovs­ki) qu’ils ont eu l’oc­ca­sion de voir – « moi je vou­drai une tombe ano­nyme » a rme le folk sin­ger. Parmi les nom­breux tré­sors de cette ex­po­si­tion se trouvent aus­si une ving­taine de pein­tures de Jack Ke­rouac, abs­traites pour la plu­part. Au­tant d’oeuvres et de té­moi­gnages qui com­posent le por­trait in­édit et foi­son­nant d’une gé­né­ra­tion au­jourd’hui per­due.

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