BETH DIT­TO

L'Obs - - Cri­tiques -

Chan­ge­ment de vie pour la chan­teuse du groupe Gos­sip. Elle se lance en so­lo et vient de créer une col­lec­tion de mode à son nom — par KA­TIA PEC­NIK

QUI EST ELLE ?

Beth Dit­to est une di­va. Beth Dit­to est une hu­mo­riste. Beth Dit­to est une punk. Elle en fait la dé­mons­tra­tion en re­pre­nant « No­thing Com­pares 2 U » entre deux blagues, au Ter­raz­za Mar­ti­ni Fes­ti­val, à Pa­ris, il y a un mois. Elle s’est im­po­sée avec son groupe Gos­sip en si­gnant des tubes comme « Stan­ding in a Way of Control », un ma­ni­feste pro­ma­riage pour tous, ou en­core « Hea­vy Cross », em­me­nés par sa voix d’Et­ta James blanche. Dès ses dé­buts, la pun­kette re­plète, les­bienne et fé­mi­niste de­vient l’égé­rie des an­ti­con­for­mistes. Elle s’a che en une des ma­ga­zines, nue ou ha­billée, col­la­bore avec la marque MAC, dé­file pour Jean Paul Gaul­tier… Après une en­fance mo­deste dans l’Ar­kan­sas, abî­mée par des abus sexuels, Beth Dit­to a su s’ex­tir­per de ce ter­reau fu­neste pour de­ve­nir une icône aus­si res­pec­tée par le peuple un­der­ground et les blo­gueuses mode que par le pu­blic mains­tream.

QUE FAIT ELLE ?

Ma­nu­cu­rée en rose, pa­rée de den­telle bleue, che­veux pla­tine, elle sou­rit, ba­varde. Ma­riée de­puis trois ans avec sa meilleure amie, elle s’in­ter­roge sur le ca­deau d’an­ni­ver­saire de ma­riage. « Je vais lui rap­por­ter une broche Ka­nye West, elle adore, et quelque chose de chez La­du­rée... » L’aven­ture Gos­sip est dé­jà loin. « C’est ex­ci­tant, car c’est la pre­mière fois que je dois faire confiance à mon propre goût, le tra­vail en groupe ap­pe­lant le com­pro­mis. Mu­si­ca­le­ment, mes nou­velles chan­sons partent dans tous les sens ! » rit-elle. Beth est aus­si très oc­cu­pée par la ligne à son nom (1) qu’elle a lan­cée pour les grandes tailles en fé­vrier der­nier. « Pour moi, la mode est la forme ul­time de l’ex­pres­sion. Les mou­ve­ments po­li­tiques, cultu­rels ou so­ciaux sont tou­jours liés à un look. La mode peut même être ré­vo­lu­tion­naire. Je suis proche des “plus size”, ayant tou­jours été en­ro­bée moi-même, et je lutte contre les pré­ju­gés vi­sant les gens comme moi. La mode m’est ve­nue en aide, comme la mu­sique, pour dé­ve­lop­per ma créa­ti­vi­té. » La col­lec­tion ? Des com­bi de soi­rée, des bubble dresses et des leg­gings vi­brant d’im­pri­més pop et cha­mar­rés… « Pro­duire une mode ac­ces­sible en né­gli­geant ceux qui la fa­briquent, ou as­su­mer de la vendre plus cher mais de ma­nière res­pon­sable? Je me suis de­man­dé ce qui ne m’em­pê­che­rait pas de dor­mir la nuit.» Elle a donc choi­si de faire fa­bri­quer à New York, le plus éthi­que­ment pos­sible, et em­ploie­ra bien­tôt des co­tons bio ou des tex­tiles en bam­bou.

QUE PENSE T ELLE ?

Dans la créa­tion comme dans la vie, Beth Dit­to fait preuve d’al­truisme. « Si tu as la chance d’être connue, tu te dois de faire quelque chose, de t’ex­pri­mer. Si j’es­time avoir été im­po­lie avec quel­qu’un, je me lève en y pen­sant en­core. » Dit­to di­gresse, ra­conte qu’elle aime pas­ser du temps chez sa ban­quière, al­ler voir « Leo et Yo­lan­da » au bu­reau de poste de Port­land. Et quid des élec­tions, elle qui re­pré­sente des mi­no­ri­tés? « Trump montre les vraies cou­leurs de l’Amé­rique. Le ra­cisme, le sexisme, l’ho­mo­pho­bie ap­pa­raissent à l’état pur sans même la langue de bois. Ça me brise le coeur. Je re­pense aux pré­dic­ta­tures où les gens se sen­taient im­puis­sants en re­gar­dant le mal­heur ar­ri­ver. Dans le monde en­tier, Trump est dé­tes­té. Alors com­ment ça peut se pas­ser chez nous? » On se prend à rê­ver d’un com­bat de boxe, avec Dit­to ga­gnante par K.-O. contre « l’agent orange »… (1) Shop.be­th­dit­to.com

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