ON DI­RAIT LE SUD

L'Obs - - Tendances -

La fa­shion week homme de Mi­lan est sou­vent une bouf­fée d’air à elle toute seule. Prin­ci­pa­le­ment à cause du cli­mat en juin! Cette an­née, sa bonne hu­meur ve­nait comme un baume sur le mer­dier am­biant — par SO­PHIE FON­TA­NEL

En plus d’être la bonne ville de Mi­lan, avec les nappes au moindre tro­quet et tout le tin­touin, ce lieu des dé­fi­lés ita­liens est aus­si un pas­sage obli­gé en mode, rapport à l’énorme in­ves­tis­se­ment pu­bli­ci­taire des marques ita­liennes dans la presse mon­diale. La pro­fes­sion rap­plique fis­sa, le doigt sur la cou­ture, dans un mood au-de­là de bien­veillant. Là, c’était trois jours de mode mas­cu­line prin­temps-été 2017. La mo­ro­si­té am­biante se fai­sait presque ou­blier tant ce qu’on a vu était in­sou­ciant.

Ça com­mence par Jil San­der, où tous les gar­çons ont la raie à mort sur le côté. Des gar­çon­nets comme dans « l’In­com­pris », de Co­men­ci­ni. Et ça blague dans tous les sens sur com­ment on pour­rait les dé­coi er, eh, eh. Un beau cos­tume passe, bleu ciel, avec tout le haut dé­la­vé. Comme un pa­pier peint dans une chambre de bé­bé.

En­suite, ouste, Dolce & Gab­ba­na : une fille chante de vieux airs swing en live sur scène pendant qu’un gars (ha­billé par la maison) danse des cla­quettes à côté d’elle avec la ner­vo­si­té d’une ré­dac­trice de mode à qui on re­fuse un ac­cès backs­tage. Sur le po­dium, un type dé­file en ca­le­çon, un autre en djel­la­ba à pois. Tout le monde très gai. On ap­prend qu’il y a une fête le soir, et quel­qu’un dit : « C’est pas dé­jà main­te­nant, la fête ? » Donc, ce feu a pris.

Chez Ver­sace, coïn­ci­dence, on en­chaîne sur un court film réa­li­sé par Bruce We­ber : que des gens qui dansent. On se dan­dine sur les bancs. Ab­so­lu­ment per­sonne n’a en­vie de tra­vailler. Et on se concentre sur… ah ben en­core un gars en ca­le­çon ! Mais avec un trench de Ny­lon vo­lant sur ses cuisses. Les plus ma­lins ar­rivent à le fil­mer au ra­len­ti. Ça fait jo­li. Des filles dé­filent aus­si, c’est mixte ces temps-ci dans presque tous les shows.

Mar­ni nous calme. On re­vient à la pen­sée, comme qui di­rait. Les pan­ta­lons sont à la fois taille haute et taille basse, par un sa­vant jeu de cou­ture qu’il fau­drait deux plombes pour dé­crire. Splen­deur.

Mas­si­mo Piom­bo, lui, a mis les hommes en robe de chambre. Comme ça, c’est dé­jà moins nu qu’en ca­le­çon. Ah, euh… on me pré­cise que c’étaient des trenchs « fa­çon pei­gnoir ». Bon, des trucs qui s’en­lèvent fa­cile, quoi.

Chez Vi­vienne West­wood, on n’ar­ri­vait même plus à dis­tin­guer les gars des filles,

donc heu­reu­se­ment que y en avait qua­si­ment en ca­le­çon, n’est-ce pas! Notre pré­fé­ré por­tait une sorte de jupe ta­blier. Si Hol­lande ose mettre ne se­rait-ce que 13% (son ré­cent taux de sa­tis­fac­tion dans les son­dages) de ça, il va re­mon­ter (dans les son­dages).

Sal­va­tore Fer­ra­ga­mo. Une autre am­biance. Les gars ont des sacs ba­nanes énormes et dé­si­rables et une dé­con­trac­tion ves­ti­men­taire à la­quelle cette marque n’avait pas ha­bi­tué. Du coup, on s’en­chante et re­bap­tise « Maya l’abeille » le mo­del qui passe en jaune.

On fonce chez Pra­da. Là en­core, filles et gar­çons dé­filent, et avec des ha­bits fleu­ris. Toute cette jeu­nesse porte un bar­da : des sacs à dos bar­dés, jus­te­ment, d’ac­ces­soires, tous plus ten­tants et in­ven­tifs les uns que les autres. Pra­da va vendre des pro­duits, je vous le dis. Même si la poé­sie de Miuc­cia Pra­da est tou­jours là. (Bon sang, y en a en­core en ca­le­çon !)

On ar­rive chez Mis­so­ni qua­si en di­sant « Bon, y sont où les mecs à poil?! » tel­le­ment on s’est ha­bi­tués à en voir ailleurs. Ici, ce sont des ber­mu­das. Les mo­dels ont presque tous la peau fon­cée et la sen­sua­li­té des ha­bits em­mène bien loin de notre époque plom­bée. On bave de sen­sua­li­té. Ça ne nous em­pêche pas de chou­rer les cous­sins (Mis­so­ni) du show en sor­tant.

Le len­de­main, on a Die­sel Black Gold. La marque lé­gen­dai­re­ment noire, comme son nom l’in­dique, s’ouvre à des tons plus doux, tout frais (rouge, bleu), et ça se ter­mine en layette di­vine. Ça fait un bien fou (à nous et à la marque). On est éton­nés de voir le DA ve­nir sa­luer tout en noir, du coup. Faut qu’il se mette rac­cord avec la gaie­té qu’il pro­pose !

Hop, chez Guc­ci. Dé­sor­mais LE grand mo­ment de la sai­son. Tout est so Guc­ci nou­velle donne. Mais ça marche, ça conti­nue de mar­cher. Le sé­rieux des gar­çons (et des filles), les vê­te­ments ahu­ris­sants, presque des dé­gui­se­ments, nous rap­pellent que l’ha­bit, quand il est ex­ces­sif, peut si bien dire « va te faire voir » à la tris­tesse du monde. Le ci­ré rouge, en plus, il est vi­sion­naire sur le prin­temps qu’on vient de se ta­per.

Chez Etro, y a mon ma­ri (de quand je rêve), Pa­blo Ar­royo (photo), qui dé­file sous les hour­ras de ses col­lègues (nous). Il est di­rec­teur ar­tis­tique et pho­to­graphe au Mexique. Etro n’a fait dé­fi­ler que des gens nor­maux, de tous les âges. Même des très vieux. Ce vent de fraî­cheur montre qu’il fau­drait tout le temps son­ger à am­bian­cer les shows avec de la vraie bonne hu­meur, du vrai lien.

MSGM. Où l’on re­trouve nos amis les ca­le­çons! Et l’art de cette marque : ça va pas en­semble, mais ça va en­semble. Di­vi­ne­ment.

Y a une pis­cine chez Fen­di, mais on n’a pas le droit d’al­ler de­dans. Les sacs sont im­menses, de vrais baise-en-ville, ir­ré­sis­tibles. Un jeune homme passe, son bob din­go sur la tête, son air im­pec, tout Fen­di dans cette al­lure jouis­sive.

Et on ter­mine chez Gior­gio Ar­ma­ni. Les gars semblent al­ler (à pas lents) vers un di­manche à la cam­pagne. En blanc, en mas­tic. Les pinces par­faites des pan­ta­lons. Et puis sou­dain, il y en a un qui a la tête à Gior­gio sur son pull! Ou ce mo­del est un gros fayot, ou Gior­gio a un hu­mour fou. Je penche sé­rieu­se­ment pour le se­cond cas. Ce pull, nous le vou­lons. Pour un slow avec Gior­gio, après. Faire un « slow­fie », le fa­meux sel­fie du corps-à-corps !

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